Après La Cité de Dieu, une nouvelle incursion dans les quartiers chauds et dangereux de Rio. Touristes s'abstenir.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire,
La Cité des hommes n'est pas la suite de
La Cité de Dieu, électrochoc ciné de 2003 qui avait révélé sur la scène internationale le talentueux Fernando Meirelles. Il s'agit en fait d'un prolongement grand format de la série télé homonyme créée suite au succès mondial de l'œuvre du réalisateur de
The Constant Gardener.
On se retrouve donc à suivre le parcours vu à travers la petite lucarne des mêmes personnages, à savoir les inséparables Acérola et Laranjinha, jeunes garçons habitant dans l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale brésilienne. Devenus majeurs, les deux amis découvrent, non sans difficultés, les responsabilités de l'âge adulte : Acérola doit accepter son rôle de père, tandis que Laranjinha se met à la recherche de son paternel qu'il n'a jamais connu. Tout cela sur fond de guérilla urbaine entre deux clans se disputant le contrôle de quelques misérables ruelles.
Le profane à l'univers impitoyable des œuvres précitées peut légitiment se demander s'il ne sera pas complètement déboussolé en entrant de plein pied, sans avertissement préalable, dans le film de
Paulo Morelli. La réponse est non, le script prenant soin de véritablement construire une intrigue autonome, quasi affranchie des antécédents narratifs (hormis une poignée de courts flashbacks issus de la série, peu encombrants mais peu utiles), sans pour autant se surcharger d'intro, d'exposition et de mise en contexte plombantes.
En quelques minutes, nous voilà plongés dans la moiteur fiévreuse de la favela avec sa misère sociale, son perpétuel fourmillement et son chaos cyclique prêt à exploser à chaque minute, toujours dépeint par cette incroyable alliance de réalisme cru et de stylisation formelle qu'avait instauré
La Cité de Dieu. Certes
La Cité des hommes se situe quelques crans en dessous de son brillant aîné, sans doute parce que la surprise est passée, diminuant du coup la réception frontale des images. Là où celles-ci nous étaient violemment projetées en pleine figure chez
Meirelles, celles de
Paulo Morelli (loin d'être un manchot avec une caméra) font montre de moins de force.
Si en apparence,
La Cité des hommes peut apparaître comme un
La Cité de Dieu bis atténué, leurs approches structurelles diffèrent sensiblement. Le précédent tirait vers la chronique chorale criminelle à la
Martin Scorsese, alors que l'autre se présente davantage sous le jour d'un drame, focalisé sur la quête paternelle et sur le passage initiatique (aux accents libres de la tragédie grecque) de l'enfant vers la maturité, dans lequel la guerre des gangs narrée en background fait office de force du destin auquel les deux héros devront tenter d'échapper.
Plus centré sur un nombre restreint de personnages,
La Cité des hommes y gagne alors en sensibilité, en émotion affective, transmise par une troupe de comédiens amateurs une fois de plus criants de vérité. De quoi amplement témoigner de nouveau que derrière les plages de sable fin et la mer bleu azur se cache une destination beaucoup moins paradisiaque qu'elle en a l'air. A défaut de filer un coup de poing destructeur en pleine face, La Cité des hommes nous replonge énergiquement dans la peinture vériste de la société brésilienne, tout en existant par soi-même.