Le premier jour du reste de ta vie ou le destin de Robert, Marie-Jeanne, Albert, Raphaël et Fleur. Et un peu le nôtre aussi.
L'existence est ponctuée de moments importants : le jour où l'on quitte le nid familial pour devenir indépendant, celui où l'amour vient frapper à notre porte, le jour où le monde de l'enfance disparaît pour faire place à celui des adultes ou encore celui où un être aimé cesse d'exister… Des instants parfois heureux, souvent tristes, satisfaisants ou laissant des regrets, mais qui donnent toute la valeur et le goût de la vie que
Rémi Bezançon est bien décidé à nous faire partager avec celles décrites dans
Le Premier jour du reste de ta vie.
Après sa sympathique comédie romantique
Ma vie en l'air, le réalisateur s'attaque cette fois-ci à un autre genre usé jusqu'à la corde : la chronique familiale. Ainsi, à travers le récit d'une journée bien précise du quotidien de chaque membre d'un foyer,
Rémi Bezançon s'attache à décrire l'instant primordial, l'événement clé qui formate le devenir de tout être et de sa nature. Une narration thématique judicieuse puisqu'elle permet une multiplicité de ton (à laquelle s'adapte la mise en scène) qui sait éviter la linéarité redondante de ce type de production.
Si l'originalité de sa forme joue en sa faveur,
Le Premier jour du reste de ta vie souffre malheureusement d'une légère propension à trop appuyer sur la nostalgie de son spectateur : il est évident que beaucoup se reconnaîtront dans le portrait de l'un des personnages, au détour d'un passage, d'une anecdote qui provoquera indéniablement une ou plusieurs réminiscence(s) de son propre vécu (ce n'est pas pour rien que cette famille n'a pas de nom). Mais au lieu de laisser venir naturellement cette dimension universelle,
Rémi Bezançon tente de la provoquer artificiellement dès le début par une accumulation de petits détails (et parfois de clichés), annihilant sa démarche dans la première partie et empêchant du coup
Le Premier jour du reste de ta vie de devenir - à l'inverse du magnifique
C.R.A.Z.Y. il y a deux ans - le coup de cœur affectif qu'il aurait pu être.
Fort heureusement l'humour et une troupe de comédiens, de
Jacques Gamblin à
Marc-André Gondrin tous excellents et touchants, a tôt fait de nous séduire dans une tranche de vie à laquelle on aurait vraiment aimé participer, nous faisant mélancoliquement regretté l'arrivée injuste du générique de fin. C'était l'essentiel à obtenir. Remi Bezançon remporte la palme affective de cet été avec son exploration de la vie de famille la plupart du temps intelligente, dynamique et sincère. Dommage qu’il faille qu’il y ait une fin.