Programme constitué de trois films européens sur la famille, ce tryptique s'avère globalement de bonne facture.
Ca m'est égal si demain n'arrive pas de Guillaume Malandrin.- Belgique – 1h10
Après dix années passées en prison, Jacques n'a qu'une idée en tète : passer quelques jours avec son fils Roland, placé en famille d'accueil. Dans son voyage, il emmène Anne, la mère de l'enfant qu'elle a abandonné très tôt. Roland ne connaissant pas sa mère et renouant des relations encore toutes fragiles avec son père, comment vont se passer ces quelques jours de vacances dans le Sud de la France ?
A partir de ce scénario de base,
Guillaume Malandrin tisse un film plein de pudeur et d'humanité. Court (70 minutes),
Ca m'est égal si demain n'arrive pas ne s'embarrasse pas de dialogues superflus. Encore moins de béquilles scénaristiques explicatives. Tout se joue dans l'image et dans les relations qui se nouent peu à peu entre les trois personnages principaux. Une mère qui ne connaît pas le visage de son enfant, un enfant qui ne connaît pas celui de sa mère et, entre les deux, un père dont la seule ambition (en tout cas, au début du film) est de vivre ces moments qui pourraient vite virer au drame. Le metteur en scène a courageusement évité le pathos, faut-il pour cela qu'il ne se passe pas grand-chose dans son film sinon des petits moments de grâce (une scène dans une volière, une autre sur une montagne plongée dans le brouillard…) ? Malheureusement, le film, qui se veut expérimental, rappelle trop le cinéma des frères
Dardenne (pour le minimalisme des informations donnés aux spectateurs), celui de
Maurice Pialat (pour les scènes naturalistes) ou encore celui de
Philippe Grandrieux (lors des plans plus sombres et inquiétants) pour convaincre tout à fait. Bien qu'impersonnel, le film de
Guillaume Malandrin est de toute beauté et, rien que pour cela, on attendra avec impatience la sortie de son prochain film,
Où est la main de l'homme sans tête ?, qu'il a co-réalisé avec son frère Stéphane et dans lequel il a dirigé Cécile de France,
Ulrich Tukur (
La Vie des autres) ou encore
Bouli Lanners, réalisateur et acteur du récent et sublime
Eldorado.
7/10
Trop libre de Pia Marais –Allemagne – 1h35
Stevie, adolescente de 14 ans, aurait bien aimé choisir ses parents. Les siens, hippies volages et drogués, l'obligent sans cessent à déménager, l'empêchant ainsi de se faire des amis et de suivre une scolarité normale. Pour survivre à cette situation, Stevie se réfugie dans un monde imaginaire créé à l'image de ses désirs.
Drôle de film que celui de
Pia Marais ! Elliptique dans son récit, aléatoire dans son montage qui suit une logique scénaristique parfois défaillante, Trop libre s'avère pourtant passionnant dans sa description d'un milieu post-soixante-huitard désœuvré et encombrant ainsi que dans sa représentation d'une adolescence contrariée qui cherche à fuir une réalité qui ne lui correspond pas. On suit donc le parcours de Stevie pour se désenclaver de cet attachement familial et, en cela, Trop libre agit comme un thriller dans lequel le changement de statut potentiel de l'adolescente fait mystère : sa réussite est incertaine et le développement des étapes à franchir pour se libérer du joug parental est captivant. Fascinant également, la mise en scène qui ne découle pas d'une cohérence unitaire. Les scènes s'enchaînent sans se ressembler, la réalisation s'adaptant à ce qu'elle montre (on remarquera surtout les différentes sortes de montage, haché quand quelqu'un se drogue, fixe lors des scènes intimistes). Les zones d'ombre du scénario renforcent, quant à elles, le caractère mystérieux de ce double portrait, non exempt de défauts (quelques longueurs) mais qui, sans aucun doute, constitue le film le plus intéressant de ce programme conceptuel.
8/10
Cantique des cantiques de Josh Appignanesi –Angleterre – 1h20
Ruth est une jeune femme juive. Après trois années passées en Israël dans une école religieuse, elle rejoint Londres pour se rendre au chevet de sa mère mourante afin de réaliser son dernier vœu : revoir une dernière fois son fils David qui s'est éloigné de la famille. Pour Ruth, ce ne sera pas chose facile de convaincre son frère, fâché avec la tradition et la religion juive.
On attendait beaucoup de ce Cantique des cantiques qui semblait constituer le « gros morceau » de ce triple programme consacré à la famille. Las ! Secrets longtemps cachés, désirs inavoués dans lesquels flotte un léger parfum d'inceste, constituent les seuls éléments intéressants de ce film anglais. Pour le reste c'est images grisâtres, scènes interminables, longues citations de la Torah (mais encore faut-il en connaître les fondements théoriques pour pouvoir les apprécier), scènes incompréhensibles … On pense à du
Bergman ou à du
Kieslowski mal digéré. Bien sûr, la mise en scène est tellement lente et absurdement répétitive (pourquoi les personnages sont-ils systématiquement filmés de dos ?) que Cantique des cantiques en devient hypnotique. On peut donc prendre un certain plaisir à ce pensum religieux pour sa mise en scène agaçante qui devient paradoxalement fascinante. Pour le reste, débrouillez-vous,
Josh Appignanesi considère probablement qu'il n'est pas là pour vous mâcher le travail. Grosse déception donc pour ce film qu'on ne vous recommandera pas mais dont vous pouvez tenter la vision à condition d'aimer plonger dans les films ténébreux et d'être en pleine forme morale et physique.
5/10 Initiative intéressante de Pierre Grise distribution, ce programme s’avère souvent passionnant, mais quelquefois ennuyeux quand la prétention pointe le bout de son nez.