Dorothy est une fille un peu bizarre. Dorothy a plusieurs intonations de voix et plusieurs comportements bien distincts. Normal, Dorothy est habitée par plusieurs personnalités.
Il aura fallu attendre dix ans pour voir un nouveau long métrage de la française
Agnès Merlet. Après avoir été nommée au César de la meilleure première œuvre avec
Le Fils du requin et au Golden Globe du meilleur film étranger avec
Artemisia, la voilà qui revient avec
Dorothy, dans lequel elle fait tourner l'actrice montante
Carice van Houten, révélée par le
Black Book de
Paul Verhoeven. Cette dernière tient ici le rôle d'une psychiatre envoyée sur une île pour étudier le cas d'une adolescente accusée de tentative de meurtre sur un bébé. Elle va être confrontée à une communauté repliée sur elle-même et va devoir faire face à un passé douloureux, dans lequel elle a perdu son propre enfant.
Sans toutefois faire de vraies étincelles,
Dorothy est un petit thriller sympathique qui vaut le coup d'œil. Avec une affiche trompeuse qui nous ferait croire à une version féminine de
La malédiction, le film est en réalité un drame fantastique à la mise en scène admirablement maîtrisée. Adoptant un rythme lancinant dans lequel la tension monte insidieusement,
Dorothy n'est pas le genre de film qui joue sur les effets superflus pour faire sursauter ses spectateurs mais installe une tension sournoise qui prend petit à petit pour ne pratiquement jamais nous lâcher. Malgré des seconds rôles un peu caricaturaux,
Dorothy bénéficie d'un duo d'actrices principales épatantes,
Carice van Houten confirmant les espoirs placés en elle, tandis que la jeune
Jenn Murray est une vraie révélation, endossant avec brio un rôle ô combien compliqué.
Mais, malgré l'apparente et évidente maîtrise de son sujet par
Agnès Merlet, le film souffre beaucoup des innombrables références auxquelles il se rapporte. En effet, à sa vision, difficile de ne pas penser à des films tels que
L'Exorciste pour le personnage de fille possédée,
Wicker Man pour sa peinture d'une communauté quelque peu déglinguée, ou encore inévitablement
Sixième Sens pour son traitement de la communication avec l'au-delà. De ce fait, même si l'histoire est plutôt bien menée,
Dorothy a du mal à s'écarter de ses références, ce qui a pour conséquence de nous livrer un déroulement d'évènements globalement sans grande surprise. Quelques défauts mineurs pour un film à découvrir. Thriller fantastique à la réalisation maîtrisée et à l’interprétation solide, Dorothy aurait pu prétendre à un statut de vrai grand film s’il ne s’étouffait pas sous un grand nombre de références, desquelles il a du mal à se démarquer.