Thriller paranoïaque, étude de caractères et drame intimiste, L'Empreinte de l'ange c'est tout ça à la fois !
Nous avions gardé un bon souvenir du premier film de
Safy Nebbou,
Le Cou de la girafe, sorti en septembre 2004 avec comme interprètes
Sandrine Bonnaire et
Claude Rich. On y parlait déjà des rapports parents/enfants, une petite fille de neuf ans cherchant à retrouver la trace de sa grand-mère disparue : sensibilité du récit, plaisir du jeu des acteurs. On attendait donc de pied ferme la seconde réalisation de
Safy Nebbou qui, entre temps, a participé au film
Enfances en mettant en scène le segment concernant l'enfance d'Ingmar Bergman.
L'Empreinte de l'ange c'est l'histoire d'Elsa Valentin (
Catherine Frot) qui, en allant chercher son fils Thomas à une fête d'enfants, est convaincue d'avoir reconnu dans le visage de l'un d'entre eux celui de sa fille Lola. Comme on le comprend bien vite suite au pré-générique dans lequel la voiture d'Elsa Valentin s'achemine dans les rues de paris avant d'être stoppée à cause d'un incendie, cette reconnaissance est impossible : son enfant est mort étouffé six ans auparavant. Pourtant, Elsa est sûr et certaine, quitte à passer pour folle auprès de son entourage (ses parents, son mari dont elle est en train de divorcer) : cette enfant est bien la sienne. Rapidement, elle se met à enquêter sur la jeune Lola ; et pour récupérer « son » enfant, elle rentre insidieusement dans la vie de la mère de Lola, Claire Vigneaux (
Sandrine Bonnaire).
Portraits de femmes et suspense psychologique sont de rigueur dans
L'Empreinte de l'ange. La première heure du film est « emballante » tant
Safy Nebbou joue avec les codes du mystère avec subtilité et précision. Les différentes rencontres entre Elsa et Lola (scènes de la piscine, de la patinoire, du spectacle de danse) révèlent une mise en scène inventive, véritable représentation de l'état mental d'Elsa : filmant en scope,
Safy Nebbou retranscrit la névrose d'une âme par sa caméra (fixe ou en mouvement) et son montage (plus ou moins serré). La tension de L'empreinte de l'ange est à son paroxysme lors d'une scène de ballet très hitchcockienne dont nous ne dirons rien sauf qu'elle est d'une intensité et d'une réalisation remarquable.
Le fait est là, si
Safy Nebbou sait raconter les histoires, il n'en est pas moins manchot avec sa caméra ! Après ladite scène, une bifurcation intervient à l'intérieur du scénario qui se penche alors davantage à l'affrontement entre les deux femmes. On peut trouver cela moins intéressant mais
L'Empreinte de l'ange garde jusqu'au bout une belle tenue de film mystérieux et schizophrène. Un mot sur les acteurs tout de même :
Sandrine Bonnaire (dans un rôle secondaire) est égale à elle-même (comprendre « parfaite ») tandis que
Catherine Frot continue son incursion dans les rôles dramatiques (après
Cavale de
Lucas Belvaux et
La Tourneuse de pages de
Denis Dercourt). Elle est ici à la fois terrifiante et fragile, manipulatrice et attachante. On y retrouve également, dans des « petits rôles », des acteurs qu'on aime beaucoup :
Sophie Quinton (
Qui a tué Bambi ?,
Avril),
Michel Aumont (
La doublure et bientôt
OSS 117, Rio ne répond plus) ou encore
Wladimir Yordanoff (
Un air de famille,
Le goût des autres) et
Antoine Chappey (
La lettre de
Manoel de Oliveira,
Indigènes). Mise en scène inspirée, scénario mystérieux et accrocheur, interprétation parfaite, L’Empreinte de l’ange réunit de nombreux points positifs pour un film qui réussit à faire réfléchir le spectateur une fois sorti de la salle. Une réussite !