Tandis que Mulder et Scully ont fait leur come-back lors d'un second film d'X-Files, retour sur le succès d'une série qui dura neuf saisons.
Par un curieux caprice de producteur et la pression de certains fans, un nouveau film d'
X-Files est sorti après six ans de silence. Observons d'un peu plus près l'impact d'
X-Files : Aux frontières du réel sur notre vie de sérievore. Attention, il n'est pas question ici de présenter la série, mais plutôt de revenir sur l'engouement que ressentirent pour les aventures des agents Mulder et Scully des millions de fans, et ce pendant 9 saisons.
Il n'y a d'ailleurs pas besoin d'avoir vu
X-Files : Aux frontières du réel pour savoir ce que c'est. Si quelqu'un dit « la vérité est ailleurs », tout le monde sait d'où ça vient, et toute personne qui a tenu une télécommande dans les années 90 peut fredonner la musique du générique. En France, même les collégiens savaient ce que c'était ; les filles attendaient que Mulder saute sur Scully, les garçons parlaient conspiration et commentaient le dernier monstre, souvent adapté d'une série B quelconque.
Un principe vendeur
Nous avons deux agents, un homme et une femme, qui enquêtent sur des phénomènes paranormaux ayant souvent des rapports avec les extra-terrestres tout en devant se débattre dans un complot gouvernemental et dans leurs sentiments mutuels tout sauf simples.
Environ 70 des 200 épisodes répartis sur les 9 saisons donnent des éléments sur la « mytharc » (en français, tout simplement « mythologie »), cette fameuse continuité sur le complot. Le principe : le gouvernement américain cache au peuple l'existence des extra-terrestres, qui auraient par ailleurs kidnappé la sœur de Mulder quand tous deux étaient enfants. Chaque épisode est construit autour d'une intrigue qui part d'un principe simple : une enquête emmène les deux héros sur le terrain, la tension monte – la musique aussi – jusqu'au dénouement qui est souvent dans le vague ou permet deux interprétations, l'une scientifique, l'autre … beaucoup moins, dirons-nous. Si on veut croire, on peut !

En dehors de la ligne continue que constitue l'idée de complot, la série repose beaucoup sur la relation entre les deux personnages principaux. Mulder est un idéaliste qui « veut croire » comme le dit son poster ; il a été relégué dans un placard à balais dans un sous-sol quelconque parce qu'il commence à faire honte à ses supérieurs avec ses histoires d'ovni (ou, comme on l'apprend par la suite, parce qu'on essaye de le faire taire). En face, Scully a la tête sur les épaules, le tailleur strict (et horriblement ringard, ça faisait mal les vêtements en 1993) et la langue chargée de mots scientifiques. Bien sûr, les deux, une fois associés, vont se rendre compte que malgré leurs différences ils se trouvent bien sympas, pas mal attirants l'un et l'autre et hop, nous voilà embarqué dans une relation amoureuse (ça a l'air rapide dit comme ça, mais ça prend plutôt pas mal d'épisodes). Cette relation, laborieusement cultivée par les scénaristes, est maintenant un classique du genre, une sorte de référence à laquelle on compare celles des séries plus récentes.

La courbe du succès
Le succès n'a pas été immédiat : la première saison fut accueillie plutôt froidement aux Etats-Unis. Il faut dire que les chiffres étaient loin d'être faramineux, et la série était mal notée. Pourtant la
FOX, qui n'avait pas autant de projets lancés que maintenant et pouvait se permettre de donner une seconde chance à une série, n'abandonna pas le projet et relança une seconde saison ; bonne idée : le premier épisode enregistra la meilleur part d'audience (19%) que la série avait alors jamais eue, les critiques commencent à s'y intéresser, les couloirs de la chaine parlent de « série culte ». Même si c'est un peu forcé, le nombre croissant de fans peut en effet présager cela. Petite phénomène amusant : jusqu'à la saison 5, chaque « season premiere » a battu les records d'audience précédents, c'est dire la progression impressionnante de la série.
X Files - Régénération n'est pas le premier film à sortir. En 1998, on ne sait trop pourquoi d'ailleurs, était sorti
X-Files, Le Film (
Fight the Future en anglais), qui s'intercalait entre les saisons 5 et 6, et est finalement bien plus une passerelle entre les deux qu'un film à part entière puisqu'il prolonge le season finale de la 5, et que le season premiere de la 6 reprend là où le film avait arrêté. Avec 190 millions de dollars de recette au box-office mondial pour un budget de 130 (film et publicité confondus), le succès n'est pas transcendant mais les fans sont heureux. Quoique.
Pour la série en elle-même, le basculement se fait avec la saison 6. Les fans sont toujours aussi nombreux mais de plus en plus déçus, les critiques commencent à être mauvaises. On reproche à
Chris Carter de ne plus prendre l'histoire de la « mythologie » au sérieux ; les épisodes sautent d'un ton à l'autre, cassent le principe du « démon par épisode ». Il était temps alors de mettre fin à la série, ce qui prit tout de même 3 saisons pendant lesquelles les acteurs principaux se sont essayés au scénario et à la réalisation, et les scénaristes ont progressivement refermé tous les mystères ouverts au cours des saisons précédentes.
X-Files, ses communautés et ses fanfiction writers
X-Files fut sans doute la première série à avoir vu ses fans se réunir en communautés, et l'une de celles au nombre de conventions le plus élevé.
Parce que cet enjouement de fans était si nouveau à l'époque, cela donna envie aux scénaristes et producteurs de tenir compte de leurs avis, allant jusqu'à creuser les secrets jugés importants par les gens postant sur les forums ; le développement de la relation Mulder/Scully doit aussi beaucoup aux fans, les scénaristes n'ayant pas prévu de la cultiver particulièrement. Les X-Philes (nom des fans de la série) ont parfaitement su utiliser le web à un moment où il n'était pas aussi démocratisé que maintenant, et les groupes de discussion autour de chaque épisode, chaque personnage, étaient très vivants.
Et même si la série n'a maintenant pas la préférence des fanfiction writers, elle a tout de même fait partie des premières à être utilisée pour ces histoires ; et là encore, les X-Philes ont innové dans un domaine qui n'était pas aussi courant (aux Etats-Unis du moins) que maintenant. On leur doit la création de l'utilisation dérivée de « shippers », qui désigne des fans aimant une relation précise entre des personnages fictifs, et celle des séries de lettres louches pour désigner ces dernières (la plus connue étant bien sûr MS ou MSR, la « Mulder/Scully relationship »). Ce sont eux aussi qui ont trouvé l'acronyme UST, Unresolved Sexual Tension, qui est passé dans l'anglais courant.
X-Files dans les séries actuelles
X-Files : Aux frontières du réel n'est pas partie sans rien laisser, et de nombreuses séries se sont inspirées de ce succès de la
FOX. On peut citer
Mysterious Ways (
NBC), qui pendant deux saisons suivit les aventures d'un anthropologue qui cherchait des explications paranormales à des événements rationnels ; ou même, avec ce système du « démon par épisode » mais de façon plus poussée,
Buffy contre les vampires (
WB). Le principe du « mytharc », complot à grande échelle, est repris dans
24 heures chrono (
FOX) ou encore
Alias (
ABC) ; on parle même de liens avec
Prison Break (
FOX encore) et la future
Fringe (
FOX toujours). Et même si l'on sort du paranormal et de la conspiration,
X-Files : Aux frontières du réel a su inspirer d'autres séries : on ne peut pas vraiment considérer les rapports de Booth et Brennan dans
Bones (Eh oui,
FOX) sans penser à ceux de Mulder et Scully, dans leur opposition et leur attirance.
On ne peut sans doute pas mesurer l'impact qu'a eu le personnage de Dana Scully dans l'univers des séries. Elle est en effet le premier personnage féminin à prendre autant d'importance ; bien sûr,
Samantha de
Ma Sorcière bien aimée ou encore
Wonder-Woman avaient déjà ouvert la voie. Mais Scully est une femme « ordinaire », qui n'a pas de super-pouvoirs ni d'attache familiale ; elle est sortie de sa cuisine, en gros. Et peut avoir un métier d'homme, être directive, rester au même niveau que Mulder – dans la série tout du moins, puisque l'actrice était moins payée que son partenaire. Les créateurs des séries actuelles reconnaissent facilement avoir été influencés voire libérés par Scully, qui a montré qu'une femme directive qui se prend en main, à la télévision, ça pouvait marcher.
Aujourd'hui, X-Files : Aux frontières du réel sent un peu le vieux, reconnaissons-le. Et au vu des chiffres que le tout nouveau film essaye d'engranger, les producteurs sont en train de s'en rendre compte. Mais il faut rendre à Mulder et Scully ce qui leur est dû : ils ont changé la vision des séries, et donné aux chaînes américaines en général et à la FOX en particulier les fondations dont elles avaient besoin pour être si performantes actuellement. Nous ne sommes pas en train de dire qu'X-Files : Aux frontières du réel a inventé le concept de la série ; mais il est certain qu'elle a grandement contribué à la définition de la série moderne. C'est sans doute pour cela que malgré les tailleurs douteux de Scully et les ficelles souvent trop grosses pour nos yeux de maintenant, la série garde sans problème son statut de « culte ».
X-Files : la vérité est en haut à droite de la photo