Sorti discrètement en salles au début de l'année, Peur(s) du noir est une œuvre d'animation française ambitieuse qui mérite amplement de se faire connaître auprès du grand public. Sa sortie DVD en est un bon moyen.
Caractéristiques :
Format : 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Noir & Blanc – 1h22
Son : Dolby Stéréo, D.D 5.1 et DTS
Langue : Français
Sous-titres : Aucun
Le film :
Qui n'a jamais ressenti ce souffle glacial parcourant l'échine lorsque l'obscurité remplit une pièce ou une ruelle déserte? Qui n'a jamais été pris d'une panique irrationnelle face aux multiples formes étranges, inconnues et menaçantes tapies dans les ténèbres ? En gros, qui n'a jamais eu peur du noir ? Personne ou presque. Pas étonnant puisque depuis la nuit des temps, et ce à travers toutes les civilisations, le noir a été (et demeure encore) un objet de complet mystère, le vecteur des plus grandes et profondes angoisses de la psyché humaine, auquel vient se rajouter les autres phobies (les insectes, les monstres, les fantômes, le vide, la douleur…) de nos sociétés. Être effrayé par le noir est clairement un sentiment collectif. C'est sur cette idée qu'est né le projet
Peur(s) du noir regroupant six court métrages d'animation en noir & blanc, chacun réalisé par un nom illustre de la bande-dessinée censé donner son point de vue phobique sur le sujet, nourrissant une anthologie de la peur.
Ainsi sur moins d'une heure et demie,
Blutch,
Charles Burns,
Marie Caillou, Pierre di Sciullo, Lorenzo Mattotti,
Richard McGuire imprègnent leur style visuel personnel, leur propres craintes dans ce qui peut se décrire comme la plongée dans un puits sans fonds permettant au spectateur d'accéder aux tréfonds fantasmagoriques de son subconscient. Six segments allant du récit narratif parfaitement construit à celui des plus abstraits, en passant par le surréalisme, six approches distinctes mais qui se rejoignent dans l'idée d'une forme sensitive proche du cauchemar éveillé.
Inutile de s'enfuir, de gesticuler, de chercher une quelconque porte de sortie, une fois la projection de
Peur(s) du noir commencée le répit ne viendra qu'une fois les lumières revenues. Car s'il est une chose que l'on ne peut reprocher au film c'est d'avoir sciemment obéi à sa note d'intention se résumant dans les quelques mots de son titre. S'il affiche des prétentions artistiques pointues, le but premier de ce projet original est de nous provoquer quelques poussées d'adrénaline, de faire monter le trouillomètre et en cela il réussit son pari. Quelques soient vos phobies il y a au moins un segment qui y répondra, capable de fournir les réminiscences des frayeurs qui nous submergeaient dans notre chambre étant petit.
Peut-être pas tous car la constante n'est jamais de mise dans ce genre de projet fait à plusieurs mains où forcément certaines parties se distinguent plus (celui de
Richard McGuire) que d'autres (celui de Pierre di Sciullo un peu à côté de la plaque en terme de frissons) selon les goûts et les attentes de chacun. L'ensemble est donc inégal, mais c'est tout à l'honneur de son directeur artistique
Etienne Robial d'avoir imbriqué intelligemment les pièces de façon à obtenir un crescendo qualitatif quasiment constant (mis à part une tentative inutile de faire répondre les métrages entre eux par un montage approximatif), soutenu par un travail sonore d'une (obscure) beauté aussi inquiétante que transcendantale.
Technique :
- Image :
Les films d'animations sont généralement bien desservis en matière d'image qui a vite fait d'exalter nos pupilles. Celui-ci ne démord pas à la règle et offre une copie impeccable retranscrivant à merveille le fort contraste noir & blanc de chaque segment et dotée d'une compression à toute épreuve ne laissant apparaître aucun défaut.
- Son :
Le même constat est quasiment à faire en ce qui concerne le son qui se décline sur trois pistes (stéréo, D.D 5.1 et DTS), mélangeant harmonieusement et puissamment les variations de tonalités musicales (du grondement sourd aux percussions éclatantes) avec les multiples effets sonores. Que vous possédiez un home cinéma ou non, vous trouverez forcément une excellente écoute propre à vous satisfaire, même si pour les deux dernières pistes on peut dénoter un manque de ressenti concernant la spatialisation.
- Bonus :
Si les caractéristiques techniques du film sont irréprochables, il n'en va pas de même pour l'interactivité qui malgré la liste de modules affichée s'avère en fait maigrelette et peu satisfaisante à l'égard du projet qui méritait une vraie décortication de sa gestation.
C'est au directeur artistique
Etienne Robial et producteur
Christophe Jankovic qu'il incombe de discourir sur le projet
Peur(s) du noir durant ce commentaire audio. Même si la bonne volonté des intervenants ne fait aucun doute, force est de constater qu'ils ne sont pas à l'aise du tout : hésitants, parfois silencieux, se paraphrasant à quelques occasions, les deux hommes tentent d'analyser les approches stylistiques d'animation et témoignent de la satisfaction des réalisateurs face à l'enrichissement obtenu de cette expérience nouvelle que fut l'animation pour eux. N'aurait-il pas mieux valu l'entendre de leur propre bouche ?
Le second bonus est une présentation de l'exposition du film présentée au Festival d'Angoulême. En à peine dix minutes,
Etienne Robial fait un petit état des lieux de la manifestation décrivant les différentes étapes de la création du film. Un module très succinct et surfait qui ne vaut pas un vrai making-of.
Segment le moins intéressant du lot, celui abstrait de Pierre Di Sciullo est le seul à avoir subi une coupe. Il y est question d'un passage évoquant les angoisses politiques de sa narratrice
Nicole Garcia: anecdotique.
Annoncé comme un simple diaporama d'études et d'ébauches graphiques, le bonus suivant présente également quelques fichiers vidéos présentant des animations en court de création, des montages descriptifs des différents stades de production (du croquis au résultat final) et quelques interventions des auteurs eux-mêmes. Malheureusement tout cela reste artificiel et insignifiant, nous faisant regretter un peu plus l'abstraction totale de ce documentaire synthétique.
Pour la sortie de
Peur(s) du noir un concours internet avait été lancé afin de laisser les internautes exprimer leurs propres frousses via des petites vidéos. Il nous est ainsi permis de directement visionner un florilège des travaux des gagnants. Une démarche intéressante mais qui au vu du maigre contenu de cette édition ne fait qu'office de remplissage.
On finit par plusieurs biographies dont celles de chaque réalisateur contenant un lien direct vers leur segment du film, les bandes-annonces (version courte et longue) de Peur (s) du noir, ainsi que celles de quatre autres titres (
Secret Sunshine,
La Maison,
La Raison du plus faible,
Le Passager) disponibles chez l'éditeur Diaphana Vidéo.
Interactivité :
- Commentaire audio par
Etienne Robial, directeur artistique, et
Christophe Jankovic, producteur.
- Visite guidée de l'exposition
Peur(s) du noir à Angoulême, par
Etienne Robial.
- Scène coupée : un segment inédit de Pierre Di Sciullo.
- Du croquis au film.
- Vidéos et dessins des internautes autour du film.
- Bandes- annonces.
- Biographies des auteurs.
Un projet réussi qui annonce clairement la couleur de ses intentions : vous faire frissonner ! En sachant cela, aurez-vous le courage d'insérer ce dvd dans le lecteur ?