Hélène Cattet et Bruno Forzani, réalisateurs du brillant Amer, ont accepté de répondre aux questions de Cinéma-France dans le cadre de la sortie en DVD du film le 27 octobre.
- En voyant le film, même s'il va au-delà du simple giallo, on imagine que vous avez épuisé tous les Argento et Bava pendant votre jeunesse ?
Bruno les a épuisés dans sa jeunesse via les videoclubs et « Cinéma de quartier » sur Canal +, de manière espacée pour les apprécier un maximum et faire durer le plaisir. Hélène en a fait une orgie en les regardant d'un coup, un peu plus tard, quand on s'est rencontrés.
- Au moment de l'écriture d'Amer, le découpage des trois parties était-il clair ou a-t-il nécessité de longues discussions entre vous ?
Ca a été clair dès le début car la partie du milieu, consacrée à l'adolescence de l'héroïne, a été la première idée que l'on a eue ; seulement, elle ne fonctionnait que sur 17 minutes et ne pouvait pas être étirée pour devenir un long métrage. Donc on s'est tout de suite dirigés vers une construction en trois parties où l'on pourrait développer cette thématique de la découverte du corps, du désir et de la sensualité à différents moments clés de la vie de l'héroïne.
- Malgré un petit budget, le film a une vraie ampleur visuelle. Pouvez-vous nous dire votre secret ?
Le secret (s'il y en a un) est d'avoir toujours travaillé avec la même équipe depuis nos courts métrages et de se connaître tous parfaitement. Ces courts métrages ont été réalisés sans argent mais on a toujours essayé de travailler la forme et de développer un langage visuel et sonore avec le peu de moyen qu'on avait, de manière très pragmatique et artisanale. De fil en aiguille, on a trouvé une manière commune de travailler et une certaine efficacité. Après, concernant Amer, il y a eu aussi un gros travail de préparation de notre part qui devenait presque monomaniaque… mais qui nous a permis de maîtriser au final tous les aspects du film et de gagner un maximum de temps sur le tournage.
« elles devaient avoir un univers intérieur très fort qui émanait d'elles… une sorte de magnétisme capable d'imprégner l'image. »
- Quelles qualités devaient avoir les comédiennes qui incarnent Ana ?
Vu qu'elles n'avaient pas beaucoup de dialogues pour développer leur personnage, elles devaient avoir un univers intérieur très fort qui émanait d'elles… une sorte de magnétisme capable d'imprégner l'image.
- Où avez-vous tourné le film ? Comment avez-vous choisi les lieux de tournage ?
Les décors extérieurs et certains intérieurs ont été tournés sur la Côte d'Azur, des deux côtés de la frontière franco-italienne. Tandis que la majorité des intérieurs ont été tournés en Belgique. En fait, un certain nombre de Séries B italiennes étaient tournées sur la Côte d'Azur dans les années 70, notamment dans le coin où Bruno est né et a grandi. C'est là que se situe la Maison où l'on a tourné, c'est l'une des dernières grandes maisons Riviera du côté de Menton… elle est abandonnée depuis plus de 25 ans, on espère qu'elle ne va pas disparaître… Le paysage, côté France, a beaucoup changé aujourd'hui : les immeubles et autres éléments d'urbanisation ont poussé comme des champignons et il a été très difficile de trouver des lieux pour faire des plans larges extérieurs, mettant en avant les éléments naturels. Il a fallu les tourner côté Italie car le littoral est resté plus authentique là-bas.
- Réalisiez-vous que votre film générerait une attente certaine de la part des amateurs de gialli ?
Absolument pas, on était très surpris !
« On pensait que comme le film était un peu « atypique », on pourrait avoir l'aide du CNC… mais non »
- Avez-vous conscience de faire office d'exception dans un cinéma français qualifié généralement de frileux ?
Avant que le film ne sorte, pas vraiment. C'est surtout venu après, en voyant les réactions des gens qui nous prenaient pour des extra terrestres ! Depuis 10 ans, on fait nos films dans notre coin, avec nos copains. On a tout fait en autarcie, en dehors de toute industrie. C'était notre réalité. Après, on en a découvert une autre…
- N'est-ce pas difficile de monter en France ce genre de cinéma atypique, surtout maintenant, en voyant malheureusement que la vague de films de genre récente n'a pas forcément attiré beaucoup de monde en salles ?
Oui, ça a été difficile. On pensait que comme le film était un peu « atypique », on pourrait avoir l'aide du CNC… mais non. On pensait que comme c'était un « film de genre » on pourrait avoir d'autres genres de partenaires… mais non car ce n'était pas un succédané de succès américain. Heureusement que, du côté français, il y a eu les financements de Canal + et du département des Alpes Maritimes… Malgré tout, on était loin du budget espéré initialement, mais on a tout fait pour que le film puisse se faire car c'était déjà une chance d'avoir ça !
- N'avez-vous pas été frustrés de l'exploitation en salles de votre film ?
Totalement !
- Quels sont vos projets ?
Un giallo qui se déroule à Bruxelles et dont le titre est « L'étrange couleur des larmes de ton corps ».
Le DVD offre de très belles performances techniques, comme à l'habitude chez Wild Side, avec une copie qui met en valeur l'important travail fait sur l'image tandis que la piste sonore DTS 5.1 s'avère vraiment efficace, donnant une amplitude qui rend justice à l'ambiance sonore très travaillée d'Amer. On peut également opter pour du Dolby Digital 2.0 si on n'est pas équipé en home cinéma.
On trouve en bonus sur le DVD un court métrage des deux réalisateurs intitulé La fin de notre amour (09 mins), témoignant déjà du travail expérimental et visuellement fort fait sur l'image par ceux-ci.