A l'occasion de la sortie d'Insidious de James Wan, Cinéma-France a osé s'aventurer sur le palier des films de maison hantée et vous propose une petite rétrospective des représentants du genre.
Si Insidious tend à prendre les codes du film de maison hantée à revers, c'est pour mieux nous surprendre et renouveler le genre. Car il faut dire que les vieilles bâtisses gothiques menaçantes, les portes qui s'ouvrent toutes seules et les plafonds qui grincent font partie intégrante du paysage horrifique classique du cinéma. Conventions et autres usages parfois usés jusqu'à la corde mais dont certains ouvrages ont su tirer avantage pour effrayer, stresser ou épouvanter le spectateur qui aura su franchir la porte de ses peurs primales. Voici d'ailleurs quelques exemples (parmi tant d'autres) qui d'une manière auront contribué à la crise du logement. Entrez donc, n'ayez pas peur, votre hôte est là pour vous guider.
Il est un peu contradictoire de commencer ce dossier avec un faux représentant du genre qui balaie l'aspect fantastique de son sujet durant sa résolution finale, mais que voulez-vous Cinéma-France n'en est pas à sa première contradiction. Et puis, voir la pauvre Ingrid Bergman se demander si elle est victime d'une présence malintentionnée ou si elle perd la raison, garanti son petit lot de sueurs froides.
Avant La Maison des horreurs produit par Joel Silver, il y eut cette Nuit de tous les mystères où quarante avant Geoffrey Rush, Vincent Price jouait les hôtes excentriques dans une maison suspectée d'être le théâtre d'horreurs. Manque de bol pour les invités, c'est William Castle - le pape de lé série B horrifique des années 50 – qui est à la tête de cette commande qui n'épargnera aucune fantaisie morbide à son public.
Allégorie sur l'enfance sur fond de fantômes envahissants, Les Innocents continue d'être et restera un summum du cinéma britannique et fantastique. Cultivant la suggestion plutôt que la démonstration, cette adaptation du roman d'Henry James distille une atmosphère oppressante rarement égalée, culminant dans une apparition spectrale à vous glacer le sang. Brrrr !
A l'instar des Innocents, cet immense classique gothique de l'horreur joue avec l'imagination du spectateur et ses angoisses. Le terrifiant manoir est-il vivant ou est-ce le refoulement sexuel d'Eleanor (suggéré lui aussi) qui fait vaciller son esprit ? Même après la fin du film on ne sait toujours pas. La seule chose de certaine c'est qu'on n'aura jamais autant tremblé devant des effets spéciaux aussi minimalistes. Presque trente plus tard, Jan de Bont fait l'erreur d'en signer un remake (Hantise) misant à fond sur une panoplie d'effets numériques démonstratifs. Résultat : un summum… d'ennui.
Quand le maître du giallo fait basculer le genre dans l'ésotérisme, le surnaturel et le conte de fée initiatique à l'intérieur d'une école de danse suspecte. Rompant avec toute logique scénique, Dario Argento construit un implacable cauchemar sur pellicule dont les couleurs criardes et la bande-son harcelante des Gobelins en ont traumatisé plus d'un. Premier opus de la trilogie des « trois mères » (suivit par Inferno et le lamentable Mother of Tears), Suspiria constitue l'aboutissement créatif de son auteur.
Un passage obligé dans sa catégorie qui doit surtout beaucoup aux polémiques suscitées par les intentions sensationnalistes de l'entreprise s'inspirant « d'une histoire vraie ». Véridique ou non, la descente aux enfers de la famille Lutz à cause d'une maison maudite, fait toujours son petit effet et reste plus louable que son pâle remake bâti en 2004.
Spécialiste de la folie humaine, Stanley Kubrick s'essaye au cinéma d'horreur en adaptant le roman de Stephen King. Que dire de plus sinon que - même si l'auteur est le premier opposant à la vision du réalisateur (pourtant les autres versions ne valent pas tripette) -, Shining est parsemé d'images cultes et inoubliables : une rivière de sang se déversant à l'ouverture d'un ascenseur, une course en raz motte dans les couloirs d'un désert, des jumelles ensanglantés, une course poursuite dans un labyrinthe, Jack Nicholson allumé succombant à ses penchants meurtriers…
Bobine horrifique tournée dans des conditions d'amateurisme avancé et pourtant… quelle énergie créatrice déborde du cerveau du prometteur Sam Raimi accouchant ici d'un des grand huit horrifiques les plus cultes des années 80 ! Au passage le décor miséreux d'Evil Dead (la cabane nichée au fond des bois) deviendra l'une des images fondamentales de la maison hantée. Six ans plus tard, le réalisateur devenu professionnel en signera une suite/remake encore plus folle, plus déjanté, plus parodique… meilleure quoi.
Deux réalisateurs aussi antinomiques que Steven Spielberg (Les Dents de la mer) et Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse) peuvent-il s'entendre sur un projet commun ? Si on sait que Poltergeist ne fut pas un long fleuve tranquille durant sa confection et que le second s'est senti trahi par les ordres du premier, il n'empêche que malgré ses imperfections et son aspect de film malade, Poltergeist aura su s'imposer comme une pièce élémentaire du fantastique de ces années-là.
Jusqu'ici ce dossier s'est montré très sérieux sur le sujet. Changeons donc un peu de ton le temps d'évoquer la comédie de Tim Burton où la présence fantomatique d'anciens propriétaires récemment décédés donne essentiellement matière à rire. Autant pour le public que pour les nouveaux habitants poussés à partir qui ne craignent pas les vieux trucs et astuces des spectres. Au tour alors du professionnel Beetlejuice (Michael Keaton mortellement cabotin) de s'en charger. Le succès fut tel qu'un dessin animé autour du personnage fut créé dans les années 90 et qu'une suite fut un temps envisagée mais sans résultat concret.
Pourvoyeur d'un grand bestiaire de fantômes et de malédictions, le cinéma asiatique a donné avec Ju-On l'une des franchises à rallonge les plus étrangement exploitées. Née d'abord sous la forme de deux films destinés au marché de la vidéo (V-cinéma), la saga qui sera mondialement connue sous le nom The Grudge connaîtra plusieurs suites et remakes tous confectionnés par son créateur Takashi Shimizu (sauf The Grudge 3). Comme si le réalisateur, à la manière de ce fantôme revanchard condamné à ne jamais lâche prise, était le prisonnier de son succès.
Les Autres d'Alejandro Amenabar (The Others, 2001)
Qui aurait cru à l'époque qu'on pouvait nous refaire le coup des défunts qui s'ignorent morts après le triomphe planétaire de Sixième sens un an plus tôt ? Cela n'a pas empêché l'espagnol Alejandro Amenabar de s'y exécuter de façon habile. Se référant aux grands classiques gothiques (dont quelques uns cités plus haut ici), le réalisateur s'est imposé sur le marché international, offrant par la même à Nicole Kidman (au sommet de sa gloire), l'une de ses plus vibrantes prestations.
Lui aussi cinéaste ibérique prometteur, Nacho Cerda réalise son premier long-métrage autour d'une propriété rurale en forme de piège spectrale et cyclique qui se referme progressivement sur son héroïne en quête d'une identité. Un coup d'essai à l'ambiance étouffante fort réussi qui prolonge les thématiques du cinéaste sur la mort dont il présente un portrait tout sauf rassurant.
Bouleversante histoire d'amour teintée de mystère et chaperonnée par Guillermo del Toro (à qui l'on doit le fort L'échine du diable qui empruntait déjà aux films de maison hantée mais que nous ne citons pas parce qu'il ne saurait se réduire à cette étiquette), L'Orphelinat a marqué les débuts du novice Juan Antoni Bayona ayant fait une entrée fracassante au box office espagnol. Son bébé y étant devenu le plus grand succès de tous les temps. C'est un peu comme si chez nous Martyrs avait pris la place de Bienvenue chez les Ch'tis. Impensable et surréaliste.
Véritable phénomène de trouille pour les uns, Paranormal Activity est pour les autres un pétard mouillé opportuniste surfant sur la mode du faux documentaire en caméra subjectif… difficile de trancher à propos du carton commercial d'Oren Peli qui a ouvert la voie à une franchise (une suite officielle et une autre asiatique) qui a au moins le mérite d'avoir remis au goût du jour effets de portes grinçantes et de soulèvements de draps dans un cadre supposé rassurant de banlieue pavillonnaire. C'est déjà ça.