Pour la sortie de leur quatrième long-métrage, Intouchables, retour sur le parcours d'Eric Toledano et Olivier Nakache, deux réalisateurs-scénaristes inséparables.
C'est en 1995 que deux amis d'enfance décident d'unir leur talent pour réaliser un premier court-métrage de sept minutes,
Le Jour et la nuit ou les rapports amoureux tumultueux entre Emile, un médecin de nuit interprété par
Zinedine Soualem et Elsa (
Julie Mauduech découverte deux ans plus tôt dans le premier long-métrage de
Mathieu Kassovitz,
Métisse). Le film ne fera pas grand bruit.
Ils retournent donc vite à l'assistanat mais, de la suite dans les idées, ils tentent de rencontrer des comédiens en montant une émission d'interviews décalées sur une radio périphérique.
Les débuts
Cependant, c'est en allant voir
Gad Elmaleh sur scène que le déclic se fera. L'acteur, qui venait de tourner dans
Salut cousin s'entretient plus de deux heures avec
Eric et Olivier avant de leur demander la nature de leur projet. Pris de cours, le duo en invente un en quelques secondes en s'inspirant d'une expérience commune, vécue un soir du 24 décembre où les deux amis se virent contraints de faire la « tournée des pères Noël » pour se faire un peu d'argent. Le scénario bourré d'anecdotes plait à l'humoriste qui le fera notamment lire à
Jamel Debbouze et
Roschdy Zem qui, accompagnés de
Gilbert Melki,
Atmen Kélif et
Axelle Laffont, accepteront de le tourner. Cela donnera
Les Petits souliers, un court-métrage de 22 minutes filmé en Super 16 qui récoltera de nombreux prix dans les festivals dont celui du Festival de Film de Paris où il recevra le Prix du Public en 1999.
Heureux de ce premier succès, les compagnons persistent et signent en 2002 avec
Ces jours heureux, véritable prémices de leur second long-métrage
Nos jours heureux. Anciens moniteurs de colonies de vacances, ils continuent à puiser dans leurs souvenirs et leurs expériences personnelles ce qui deviendra leur marque de fabrique durant plusieurs années. Le film est interprété par
Lorant Deutsch,
Fred Testot et
Omar Sy qui deviendra un comédien récurrent dans leur filmographie. D'une durée de dix-sept minutes et tourné, cette fois, en 35mm sur les hauteurs de Meudon par grand vent (60 à 80 km/h), le film obtiendra également plusieurs prix et une large diffusion sur une chaine de la télévision publique. Prochaine étape : le long-métrage.
Les longs métrages.
Et pour ce premier long,
Eric Toledano et
Olivier Nakache auront la chance de mettre en scène « l'ogre »
Gérard Depardieu ainsi que
Jean-Paul Rouve avec lequel ils vont entretenir une longue amitié. Sorti en 2005, Je préfère qu'on reste amis traite du célibat vu par deux personnalités totalement opposées, un célibataire timide et hypocondriaque (
Rouve) et un père divorcé assumant parfaitement sa cinquantaine (
Depardieu). Film sur l'amitié mais aussi le choc des différences et la co-habitation des opposés (leur grand sujet de prédilection), cette comédie, entre rire et tendresse, mélancolie et espoir en l'avenir se taillera un petit succès d'estime en salles avec près de 350 000 places vendues. Grâce à la reconnaissance mondiale de
Gérard Depardieu après avoir campé l'Obélix des deux premiers Astérix, le film voyagera énormément autour du globe.
S'ensuit
Nos jours heureux (« leur second premier film » aiment-ils dire), de nouveau avec
Jean-Paul Rouve (affublé d'une perruque pour paraître plus jeune) mais aussi
Marilou Berry ou
Joséphine de Meaux, cette comédie drôle et nostalgique marque le retour d'
Omar Sy dans l'univers des deux réalisateurs, univers qu'il ne quittera plus et qui lui permet aujourd'hui d'être en tête d'affiche d'Intouchables. Sorti en début des « grandes vacances » scolaires (ce qui était bien pensé de la part du distributeur) mais aussi en pleine coupe du monde où les Français ont brillé en finale, le métrage se maintiendra dans les salles jusqu'à la mi-octobre et connaitra ainsi un beau succès public (un million et demi d'entrées). Du coté de la critique, c'est également un succès et on commence à identifier le cinéma des deux réalisateurs comme une alternative à la comédie du tout venant français.

Pour leur troisième long métrage, les réalisateurs restent fidèles à ce qui a fonctionné dans leurs films précédents (justesse de point de vue qui fait appel à leur passé, mélange d'humour et d'émotion, scènes délirantes et présence d'Omar Sy) et dresse un portrait familial des plus fous auxquels certains critiques ont reproché une fin un peu trop sage, cassant brutalement le rythme de la comédie.
Tellement proches, porté par un casting fameux (
Vincent Elbaz,
Isabelle Carré,
François-Xavier Demaison,
Audrey Dana,
Joséphine de Meaux,
Lionel Abelanski…) terminera son parcours dans les salles autour des 800 000 entrées soit deux fois moins que le précédent mais aussi plus du double que le premier. Encore une réussite.
Et ensuite ?
Voilà maintenant que sort
Intouchables, le quatrième film du tandem qui bénéficie d'un bouche à oreille critique très favorable (au sein même de la rédaction, le métrage a été grandement apprécié). Tirée d'une histoire vraie, la comédie fait se côtoyer un aristocrate devenu paraplégique à la suite d'un accident de parapente (
Cluzet) et un jeune de banlieue (
Omar Sy) qui va devenir son aide à domicile et lui redonner le goût de vivre. On ne sait pas encore le nombre d'entrées qu'engrangera le film mais il se chuchote que son brillant scénario est déjà convoité par un grand producteur américain. Alors, Holywood, prochaine étape de la carrière d'
Olivier Nakache et
Eric Toledano ?