Les vampires ont été présents dans nombre de films depuis des décennies. Et si on faisait un peu le point sur nos chers amis aux dents longues ?
Cela fait près d'un siècle que les vampires effraient tout autant qu'ils séduisent sur le grand écran. Petite revue d'effectifs.
Nosferatu, Dracula… Bela !
Alors qu'on commença à voir des vampires quasiment dès l'invention des frères
Lumière, il faudra attendre 1922 pour voir le premier chef d'œuvre du genre avec
Nosferatu de
Friedrich W. Murnau, adaptation non officielle du Dracula de Bram Stoker puisque le réalisateur n'en avait pas le droits. Celle-ci prend de bonnes libertés par rapport au roman et le héros s'appelle le comte Orlok, aux mains crochues, yeux ronds et dents de lapin. Il sera suivi dix ans plus tard d'une autre pierre majeure à l'édifice vampirique au cinéma avec
Vampyr de
Carl Theodor Dryer, qui suit un jeune homme découvrant un livre sur le vampirisme, dont la source est un femme vampire, grandement inspirée de la célèbre comtesse Bathory, « la comtesse sanglante » qui prenait des bains avec le sang des jeunes vierges qu'elle torturait (pour simplifier les choses).
Mais c'est surtout dans les années 30 donc que le vampire se fait charismatique avec les productions d'
Universal Pictures autour du fameux
Dracula, interprété dès 1931 dans le film de
Tod Browning par
Bela Lugosi, immigré hongrois au fort accent qui prit la place de
Lon Chaney, décédé juste avant le tournage. Le succès est immédiat et poussa le studio à faire de nombreuses autres productions horrifiques mais aussi des suites à
Dracula en tous genres :
La fille de Dracula,
Le Fils de Dracula,
le Loup Garou contre Dracula,
Frankenstein contre Dracula… Icône qui restera gravé à jamais dans l'histoire du cinéma,
Bela Lugosi ne supporta pas le déclin de la franchise qui l'enterra dans l'anonymat dans les années 40 où il tombera en dépression avant de finir sa vie en tournant un film d'
Ed Wood (faits que l'on peut voir dans le film de
Tim Burton portant le nom du réalisateur).
Sex, Lee & Hammer
Si le phénomène meurt aux USA, il renaît brillamment dans les années 50 en Angleterre par le biais de la fameuse firme Hammer avec le concours du Technicolor, révolutionnant le cinéma. Et c'est ainsi qu'on trouve en 1957 un film considéré par beaucoup comme l'adaptation la plus fidèle de l'œuvre de Bram Stoker, à savoir
Le Cauchemar de Dracula, où le héros est incarné par
Christopher Lee et Van Helsing par
Peter Cushing. Grâce au Technicolor, le sang est enfin rouge dans ce film où la sensualité et l'érotisme sont bien présents, renforçant son aura. Ce gros succès enclencha bien évidemment une nouvelle vague de films horrifiques dans les années 60, pas tous inspirés bien sûr, et si dans un premier temps
Christopher Lee refusa de surfer sur le succès de son personnage, il revient dans la peau de Dracula dans des films mal fagotés tels que
Dracula et les femmes en 1968,
Dracula 73 en 1972 (et d'autres…), devenus de plus en plus érotiques. La Hammer est en panne d'inspiration et ne résistera pas bien longtemps aux nouveaux films d'horreur tels que
Massacre à la tronçonneuse débarquant au milieu des années 70. Mais l'empreinte de la Hammer est encore présente chez d'autres cinéastes, comme par exemple
Mario Bava qui va réaliser plusieurs films autour du thème vampirique (
Le masque du démon en 1960,
Hercule contre les vampires en 1961 ou
La planète des vampires en 1965) ou encore
Roman Polanski qui livrera en 1967
Le Bal des vampires, parodie reprenant tous les codes du folklore vampirique.
Le vampire étant source de bon nombre de fantasmes, n'oublions pas les multiples dérivés érotiques réalisés pour les plus fameux par
Paul Morissey (
De la chair pour Frankenstein en 1973 et
Du sang pour Dracula en 1974),
Jess Franco (
La fille de Dracula en 1972,
Les nuits de Dracula en 1970,
La Comtesse aux seins nus en 1973 et
Vampiros Lesbos en 1971) ou encore
Jean Rollin (
La Vampire nue en 1970,
Le Frisson des vampires en 1971,
Le Viol du vampire en 1967,
La Fiancée de Dracula en 2002). Plutôt comique pour le premier, psychédélique pour le second et sérieusement baroque et nébuleux pour le dernier, le vampire a donc droit à quelques adaptations érotiques marquantes qui confirment la fascination qu'il confère au public.
Le vampire dans les temps modernes
Dans ce qu'on va appeler arbitrairement « l'ère moderne » (à partir des années 70), le vampire s'est décliné en noir via de la pure blaxploitation (
Blacula) ou a bien sûr fait son tour dans le monde de la pornographie pour des histoires forcément loufoques lorsqu'elles ne sont pas accessoires. Mais il a également rencontré sur ses chemins des auteurs plus « reconnus» afin d'entrer dans des œuvres qui ont touché un plus large public, avec une approche plus ou moins distanciée selon les cas. On pourra citer bien évidemment
Entretien avec un vampire de
Neil Jordan qui, en dehors de son évocation de l'homosexualité, employait deux stars au sex-appeal certain, à savoir
Tom Cruise et
Brad Pitt. Il passa également entre les mains de
John Carpenter (
Vampires),
Robert Rodriguez (le barré
Une Nuit en enfer),
John Landis (
Innocent Blood),
David Cronenberg (
Rage,
Frissons),
Werner Herzog (
Nosferatu, fantôme de la nuit) ou encore
George A. Romero (
Martin). Et on ne peut évidemment pas passer outre le
Dracula de
Francis Ford Coppola (1992), adaptation ambitieuse et personnelle du roman de Bram Stoker qui rencontra un immense succès public, porté par l'interprétation marquante de
Gary Oldman.
Durant la dernière décennie, le vampire a été beaucoup utilisé et commence même à avoir droit à ses remakes, tels que
Fright Night qui reprend
Vampire, vous avez dit vampire ? ou
Laisse-moi entrer refaisant le
Morse norvégien, tombant ainsi eux aussi sous le coup de la mode de la relecture en vogue à Hollywood. Avec désormais l'aide d'effets numériques avancés, il est apparu dans des versions adaptées de comic book (la franchise
Blade,
30 jours de nuit), en guerre contre les loups-garous (les franchises
Underworld et
Twilight), extirpé de jeu vidéo (
BloodRayne par l'inénarrable
Uwe Boll), sous les traits de super guerrière (
Ultraviolet) ou de prêtre coréen (
Thirst, ceci est mon sang, primé à Cannes). Et on en passe bien sûr… En clair, le vampire a encore de beaux jours devant lui !