L'auteur de Sixième Sens effectue un virage à 180° avec cette épopée martiale un rien absconse qui peine à passionner.
Après l'échec public de ses deux derniers films,
M. Night Shyamalan se voit aujourd'hui contraint d'accepter une commande pour mettre en images une série animée à succès, «
Avatar, le dernier maître de l'air » diffusée depuis 2005 sur la chaîne pour enfants Nickelodeon. Fini donc le
Shyamalan aux accents hitchcockiens qui savait nous émerveiller et nous faire croire à l'impossible. Finis aussi, les twists renversants qui clôturaient ses films.
Le Dernier maître de l'air semble effectivement clore l'univers si personnel du metteur en scène même s'il reste, dans ce conte au scénario bancal et un peu compliqué pour le public auquel il s'adresse, des thèmes propres à l'auteur (la préservation des forces de la nature, la découverte et la difficile acceptation de son propre potentiel…). Ici, l'action ne se situe plus dans une inquiétante réalité mais dans un univers où les nations ne se comptent plus (il y a celles de l'air, de l'eau, du feu et de la terre mais aussi celles de la lune, de l'étang, du dragon, etc…) et où les maitres des éléments côtoient faux elfes et vrais animaux volants qui semblent tout droit sortis de
L'Histoire sans fin.
Aussi, le récit du jeune Aang qui va s'apercevoir qu'il est l'unique Avatar capable de sauver le monde en proie à une guerre engagée par la nation du Feu contre les trois autres nations (l'air, l'eau et la terre donc) soulève un problème qui relève du passage de la suggestion à la démonstration, de l'imaginaire à l'explicite, de l'exercice qui consiste à en montrer le moins possible (comme dans
Signes par exemple) à celui nourri d'effets spéciaux et de sensationnalisme. C'est pourtant, de façon étonnante, la direction artistique qui séduit le plus dans ce métrage non dénué de défauts : interprétation approximative, personnages lisses, récit sans âme qui n'arrive jamais à captiver totalement. On ne retiendra pas l'interprétation de
Dev Patel (
Slumdog Millionnaire) qui échoue, par un manque criant de subtilité, à faire croire à son personnage de méchant mais les scènes de combat, les paysages du Groënland, les décors atypiques resteront, eux, dans les mémoires. Après une première phase trop explicative qui tend vers l'ennui,
Le Dernier maître de l'air trouve finalement son rythme dans une seconde partie où l'action ne se relâche pas, ce qui laisse le spectateur sur un sentiment de demi-échec (ou de demi-réussite, c'est selon).
Entre émerveillement devant la puissance visuelle de l'objet et sourires involontaires dus au sérieux des acteurs (
Noah Ringer qui interprète le jeune héros est malheureusement irrésistible quand il se met à pratiquer ses mouvements de tai-chi),
M. Night Shyamalan rate de peu son entrée dans le domaine du blockbuster où il risque de séjourner un certain temps puisque le récit en appelle à la trilogie cinématographique. La narration reste néanmoins intéressante par la spiritualité bouddhiste qui s'en dégage et le parcours du jeune Aang qui ressemble à s'y méprendre à celui du Dalaï-Lama. Les symboles et concepts philosophiques y sont remarquablement intégrés mais ils risquent de passer inaperçus pour la majorité des spectateurs. Quant à la fausse 3D, elle fait office d'arnaque tant elle brille par son absence d'effets, ne se gênant pas, par contre, pour enlever toute couleur et luminosité au travail du photographe
Andrew Lesnie ayant travaillé sur la trilogie du
Seigneur des anneaux.
Un conseil donc : si vous voulez vraiment vous frotter à ce
Dernier maître de l'air, optez sans hésitation pour la version 2D.
L'action de la seconde partie peine à compenser les (trop) nombreux défauts de ce blockbuster décevant à la 3D inexistante.