Avec Ponyo sur la falaise, Hayao Miyazaki plonge dans les abysses de la beauté enfantine, nous envoyant un tsunami de sensations positives.
« Un petit garçon et une petite fille, l'amour et la responsabilité, l'océan et la vie, et l'essence fondamentale de tout cela : voilà de quoi parle
Ponyo sur la falaise, un conte qui est ma réponse à la détresse et à l'incertitude de notre époque ». C'est en ces termes que
Hayao Miyazaki résume son magnifique dernier ouvrage inspiré de « La Petite Sirène » de Hans
Christian Andersen. Une œuvre sensible, touchante et poétique sur la rencontre affectueuse entre une princesse poisson désirant découvrir les étranges créatures de la surface et un petit garçon du nom de Sosuke, aboutissant sur un indéniable retour aux sources tout en douceur vers l'élémentaire formel et thématique de son cinéma.
Et pour retrouver cette connectivité avec la nature première de ses obsessions artistiques, le maître fait le pari audacieux de revenir aux fondamentaux de l'animation : son précédent opus, Le Château Ambulant, fut entièrement généré par ordinateur,
Ponyo sur la falaise est quant à lui complètement réalisé et dessiné à la main, ouvrant ainsi en grand une fenêtre sur les sensations visuelles primaires du spectateur, enchanté d'un tel spectacle rajeunissant dans lequel les lignes dégrossies et les traits épurés du dessin en font ressortir toute la richesse lyrique. Que de bien procuré par ces 115 minutes mettant du baume au cœur à nous autres membres d'un monde contemporain à la dérive, devenu trop complexe pour ne pas être déboussolé et déconnecté avec nos repères candides du temps de notre enfance.
Chez
Miyazaki, la voie de la sagesse passe à travers le regard de l'enfant, qui, contrairement à ce qui pouvait arriver dans les derniers travaux du cinéaste (
Princesse Mononoké, Le
Voyage de Chihiro…) aux trop fortes consonances adultes pour être complètement assimilés à des œuvres pour les plus jeunes, trouvera en l'univers immaculé de
Ponyo sur la falaise une prise directe à sa sensibilité pleine d'innocence. A l'instar de Mon Voisin Totoro et
Kiki la petite sorcière, nulle présence de méchant cruel (les intentions du père ne sont peut-être pas claires de prime abord pourtant jamais on ne ressent inquiétude ou crainte à son égard), pas d'évènement qui pourrait avoir des conséquences dramatique : la notion même de danger est absente, seule la pureté des sentiments entre Sosuke et Ponyo, secondée par un positivisme radical et une foi inébranlable en la bonté et l'entraide mutuelle des hommes, propulse naturellement le récit vers un bercement affectif proche du rêve éveillé dont on ne voudrait s'arracher. Un vrai tour de force narratif pour lequel nombre de personne n'aurait pas pu faire démonstration de la même prouesse de manœuvre et éviter la collision contre les rivages tranchants de la niaiserie donneuse de leçon.
Si
Ponyo sur la falaise peut se voir comme la remise à jour des acquis d'un « sifu » en quête d'une apparente simplicité, le métrage n'en demeure pas moins un jalon progressiste naviguant vers des contrées peu explorées par Miyazaki : l'océan. D'habitude plus coutumier de la voie des airs parsemée de machines volantes, le réalisateur opte cette fois-ci pour les fonds marins qu'il traite avec une légèreté et une virtuosité semblable, imposant sa féerie dès une introduction en forme de ballet océanique enchanteur. Quelques minutes de grâce qui suffisent à communiquer un puissant message écologique pourtant réduit au strict minimum. Tout l'art et la manière d'un génie.
Grâce à sa ligne de conduite dégraissante de tout ce qui pourrait paraître superflu, Hayao Miyazaki touche au plus profond de l'âme avec ce conte pour les petits et grands enfants d'une sensibilité unique faisant toute la richesse de son œuvre.