Que se cache-t-il derrière ce Sexy Dance 2, à première vue énième production racoleuse offerte pour satisfaire les pulsions masculines ?
Oublions d'ores et déjà le titre français au profit de l'original,
Step Up 2 : The Streets, évidemment plus proche de l'esprit de ce prolongement de
Sexy Dance (
Step up) premier du nom. Andie y est une jeune adolescente rebelle, faisant partie du groupe de dance urbaine
The 4-1-0, qui va se voir contraindre d'intégrer l'école de danse ennemie, la MSA (Maryland Schools of Arts), sous peine de devoir quitter Baltimore. Elle y rencontrera Chase...
Les fans de la première heure se rendent évidemment compte que le synopsis est approximativement le même que celui du premier volet,
Briana Evigan prenant la place de
Channing Tatum, qui passe le relais à sa jeune sœur au début de l'aventure.
Sexy Dance 2 se pose en effet en plus pur produit de consommation populaire formaté, recyclant tous les clichés et figures inhérentes aux teen movies et films d'apprentissage, piochant également dans nombre d'autres archétypes cinématographiques. Il ne faut donc pas être allergique à ce type de démarche, sous peine de rejeter l'entreprise en bloc.
Par contre si l'on est friand de ce type d'exercice où le spectateur est tenu par la main afin de ne jamais être désarçonné, le contrat sera rempli honorablement. Point de véritable suspense donc pour les initiés qui suivront cette demoiselle confrontée à un nouvel univers, de nouveaux amis, qui devra surmonter diverses épreuves, lâchera prise avant un ultime sursaut salvateur. Même si le film peut parfois agacer par son patchwork infini convoquant aussi bien
Roméo et Juliette (et par extension
West Side Story) que
Elle est trop bien ou
Save the last dance, tout comme
Rocky ou encore
Rize, il finit tout de même par emporter son audience par un final emphatique et cathartique qui mouille les yeux et par son message humaniste évidemment convenu, mais pas dénué de sens.
La réussite provient donc plus de la formule éculée mais toujours efficace, que du talent du metteur en scène
Jon Chu (déjà auteur de deux films musicaux précédemment), quelque peu démissionnaire malgré son amour évident du genre. Il opte ainsi pour une caméra portée documentaire captant les performances en plans larges, plutôt que de penser une réalisation propre au sujet qui permettrait de le transcender au lieu de simplement l'observer. Le reste de sa mise en scène est quant à elle passe partout dans ses phases plus narratives.
Mais le véritable atout de
Sexy Dance 2, et au-delà des plus pures considérations cinématographiques, est bien évidemment ses chorégraphies folles rythmées par une bande son hip hop des plus efficaces (dont le terrible
Ching-A-Lin de
Missy Elliot) sans pour autant s'y cantonner. Sont ainsi également conviés le ballet, la salsa, le rock… Bien que pas toujours mises en valeur, le film regorge de ces séquences qui devraient séduire aficionados et néophytes, brillamment exécutées par la troupe d'acteurs/danseurs, en tête desquels la charmante
Briana Evigan, le fade mais impressionnant
Robert Hoffman mais aussi l'excellent
Adam G. Sevani, impeccable geek possédé par le démon de la danse.
Cependant, le principal intérêt ne réside pas dans la forme cinématographique de l'œuvre mais d'avantage dans sa valeur sociologique, l'idéologie qu'elle véhicule, manifeste de la société de consommation actuelle. Ou comment une sous culture afro-américaine est récupérée et digérée par une Amérique blanche pour la rendre acceptable et en tirer les principaux bénéfices, à l'image d'
Elvis Presley ou d'
Eminem, avant que la source ne soit plus ou moins reniée (voir le traitement des 4-1-0 dans le film). De manière plus large, elle démontre la récupération des sous cultures de tout ordre par la société de consommation afin de les annihiler idéologiquement, pour les exploiter par la suite et provoquer un embourgeoisement des valeurs (l'image de
Che Guevara en est le plus fort symbole). C'est ainsi que naissent les
Sexy Dance (et bien d'autres), produits lisses, calibrés et inoffensifs, récupérant à leur compte un mouvement à l'origine contestataire… Sexy Dance 2 ravira les amateurs peu exigeants de divertissements calibrés, tout comme les Streets Dancers de tout poil. Ultra classique mais efficace.