Après le décevant Je suis un cyborg, Le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook a enfin réussi à réaliser le film de vampires qui lui tenait tant à cœur.
Il existe aujourd'hui un malentendu entre le metteur en scène
Park Chan-Wook et une partie de la presse qui reproche à ce dernier ses scénarios originaux et souvent outranciers. Le fait est que le réalisateur sud-coréen joue sans cesse sur le décalage entre les images et l'histoire, le contenu et le contenant, fait que certains journalistes de la « vieille école » n'acceptent pas. Ainsi, avant d'être un film de vampires (très à la mode après le danois
Morse et l'américain Twilight),
Thirst, ceci est mon sang est un sublime film d'amour bien qu'il soit plus facile pour les distributeurs de le vendre comme un film de genre. Le fait est là, le film du réalisateur coréen (qui a reçu le Prix du Jury cette année à Cannes ex-æquo avec l'admirable
Fish Tank d'
Andrea Arnold) se pose bien au dessus de la mêlée des films de vampires par sa mise en scène magistrale, son côté transgressif, ses scènes erotico-gores, son humour décalé et l'interprétation de l'acteur fétiche du metteur en scène, Song Kang-Ho (déjà présent dans
Joint Security Area, l'un des premiers films de l'auteur, inédit en salles mais un temps disponible via
TF1 Vidéo).
Le début du film rappelle étrangement le thème de
Trouble Every Day de
Claire Denis : un prêtre, Sang-hyun, se rend en Afrique pour tester un nouveau vaccin établi pour lutter contre une maladie mortelle, le FIV. Il en revient transformé. Dans un premier temps, il meurt (bel effet gore de trombes de sang traversant une flûte) puis il ressuscite en vampire. La seule façon de lutter contre le mal qui le ronge est alors de se nourrir de sang. Dans le même temps, la guérison subite de ce dernier attire nombre de malades qui pensent que l'homme est capable de débarrasser ses contemporains de toutes sortes de maladies. A cette occasion, il retrouve un ami d'enfance, sa mère et sa femme Tae-ju dont l'appel charnel le fait vite succomber aux plaisirs de la chair. Quand ils décident de se débarrasser du mari devenu encombrant, le film prend alors l'allure d'une adaptation du roman « Thérèse Raquin » d'
Emile Zola (déjà mis en images par
Marcel Carné en 1953) ; et quand l'auteur du XIXème Siècle rencontre l'univers dingue de Park Chan-wook, forcément ça fait des étincelles.
Film aux sujets multiples et à la mise en scène à l'invention constante,
Thirst, ceci est mon sang est certes complètement déjanté mais le délire diffère totalement de celui de
Je suis un cyborg qui nous laissait égoïstement abandonné au bord de la route et du cœur du film. Ici, tout est soigneusement maîtrisé, du récit vampirique (Tae-Ju est-elle un ange ou une garce ?) ou romantique (la scène où les deux amants se nourrissent chacun de leur sang pour survivre est à la fois bouleversante et hautement sensuelle). Les décors, couleurs et lumières varient selon l'état des protagonistes (la blancheur et les forts éclairages pour le prêtre, les teintes bariolées et les changements de tenue pour l'amante) et quand, dans sa seconde partie le film devient visuellement époustouflant, la folie prend la place du drame. Si c'est souvent émouvant et drôle à la fois, terrifiant (le sang gicle fort) et parfois comiquement tragique, c'est que le réalisateur mélange les différents genres pour les renouveler à sa sauce. Le dernier quart d'heure résume, à lui seul, le fonctionnement de tout le film, l'humour le partageant à l'angoisse d'une mort imminente. Film sur la foi, le péché, les remords, la soumission, la revanche, la rédemption, et surtout grand film d'amour,
Thirst, ceci est mon sang est une œuvre brillante qui nous rappelle que Park Chan-wook a signé entre 2003 et 2005 une trilogie de la vengeance remarquable (
Sympathy for Mr Vengeance,
Old boy,
Lady Vengeance). Un très bon crû.
Film indéfinissable, Thirst, ceci est mon sang s'amuse des genres et des codes du cinéma pour créer un univers unique assez jouissif. On vous le recommande pour la peur, l'émotion et la drôlerie qu'il dégage.