L'auteur de Roger Rabbit nous offre une version « manège de foire » du célèbre conte de Charles Dickens. Amusant, et un peu gerbant aussi.
Voir
Robert Zemeckis revenir chez Disney pour rempiler dans la fable cinématographique à usage des fêtes de fin d'année laissait à penser que le réalisateur des
Retour vers le futur délaisserait un temps ses ambitions artistiques pour se livrer à une commande mainstream facilement revendable auprès d'un large public, dans le but inavoué de se racheter de l'échec en demi-teinte de
La Légende de Beowulf. Avec l'appréhension de se retrouver devant un concentré indigeste de niaiserie façon
Le Pôle Express, ne pouvant être considéré autrement que comme une bande démo commerciale censée vanter les larges possibilités de la Performance Capture, et au risque de continuer à susciter l'amalgame chez les spectateurs entre un film utilisant cette technologie et le cinéma d'animation en images de synthèse. Malheureusement, toutes les craintes évoquées se confirment à la vision du résultat final.
Le Drôle de Noël de Scrooge n'est rien d'autre qu'une régression dans la filmographie de son auteur cherchant avant tout à assurer la pérennité de sa société
Imagemovers Digital (la seule boîte de production entièrement dévolue à la confection d'œuvres tournées en Performance Capture), même si tout n'est pas à rejeter en bloc.
Pionnier dans la démocratisation de procédé,
Robert Zemeckis se transforme pendant 100 minutes (on espère de tout cœur que la prochaine fois cela ne sera plus le cas) en un docile manufacturier consentant à la solde de la firme aux grandes oreilles qui fut sans doute enchantée par une proposition de remettre au goût du jour le classique de Charles Dickens « Un Chant de Noël ». Textuellement l'objet fait peu état de révolution, le script respectant scrupuleusement la trame d'origine qui prend pour cadre l'Angleterre du 19ème siècle et ce fameux soir de réveillon durant lequel un marchand avare, solitaire et sans compassion va remettre en question sa philosophie et sa façon de vivre grâce à l'intervention de trois fantômes allant lui inculquer les vraies valeurs de Noël. Telle la dinde du banquet, l'histoire se voit gavée de l'indécrottable farce de bons sentiments et de béatitude naïve (politiquement rebaptisée « magie de Disney ») parsemant habituellement le pire du catalogue du studio.

Faut-il alors n'accorder aucun crédit à ce Drôle de Noël de Scrooge manquant cruellement de piquant pour une audience ayant dépassé depuis longtemps l'émerveillement aveugle de l'enfance ? Ne jouons pas les irascibles ronchons têtus et reconnaissons que tout n'est pas sombre au tableau : il y a l'outil de réalisation dont
Robert Zemeckis s'amuse à repousser les limites autant dans le rendu graphique toujours plus saisissant de réalisme dans les textures (il n'en va pas ainsi pour tous les éléments secondaires), que dans l'incroyable liberté d'action conférée à la caméra virtuelle permettant d'apporter une saisissante dynamique à un sujet passablement impotent. Virevoltante, aérienne, la mise en scène glisse littéralement dans un mouvement quasi unique propre à faire oublier qu'il y a un montage. C'est également dans ce carcan technique que
Jim Carrey trouve un terrain de jeu digne de la démesure de ses capacités faciales qu'il met à profit dans son incarnation du grincheux Scrooge (c'est à croire que ce rôle a été spécialement inventé pour lui) et pour les six autres protagonistes incarnés. Cette pluralité de talents rend triste la pensée qu'elle aurait pu agrémenter un projet aux fondations infiniment meilleures.
Nettement moins ambitieux et adulte que La Légende de Beowulf, Le Drôle de Noël de Scrooge est certes une prouesse technique donnant lieu à un grand numéro de comédien(s)… mais simplement mis au service d'un conte de Noël disneyen, et pas dans le sens le plus noble du terme.