Après Brad Bird, c'est un nouvel étalon de l'écurie Pixar qui s'essaye à la prise de vue réelle avec sans doute encore plus d'ambitions. Mais avec la même réussite ?
La tentative d'adapter le cycle de Mars d'Edgar Rice Burroughs (beaucoup plus connu pour Tarzan) ne date pas d'hier. Depuis les années 90 et un projet avorté de
John McTiernan avec
Tom Cruise, Hollywood espérait mettre en images les aventures de
John Carter, ancien soldat confédéré se retrouvant propulsé dans une autre guerre civile martienne dont il devient le héros. Ayant autrefois échoué pour des raisons budgétaires ou technologiques, le rêve est enfin devenu réalisable depuis l'avènement d'
Avatar avec lequel
John Carter présente de nombreuses similitudes. Ce qui en soit n'est guère surprenant puisque l'œuvre de Burroughs est l'une des inspirations premières du bulldozer financier de
James Cameron. Mais c'est le blockbuster de Disney (ne semblant pas avoir fait beaucoup d'efforts promotionnels pour susciter l'événement), qui va pâtir de la comparaison en donnant l'impression de suivre au pas la marche triomphante de son aîné sans forcément déboucher sur le même résultat.
Le problème de
John Carter (ancien soldat de la guerre de Sécession désabusé plongé malgré lui au centre d'un conflit civil sur Mars), est que le film n'arrive pas toujours à la hauteur de ses (très grandes) ambitions et de son univers foisonnant et captivant à plus d'un titre. Entre la multiplicité des races extra-terrestres, l'abondance de personnages, une double exposition des enjeux dramatiques terriens et martiens et son lot de découvertes et d'instants de bravoure… la matière ne manque pas. Bien au contraire, le réalisateur
Andrew Stanton donne le sentiment d'avoir trop d'éléments en sa possession pour son récit voulant échapper à la linéarité habituelle de ce genre d'exercice introductif. En résulte une certaine confusion dans le segment central (une succession d'allers et retours de la planète rouge) tirant légèrement en longueur alors que le dernier tiers méritait un traitement plus grandiose, plus épique. Et c'est là qu'on sent réellement les limites de l'homme derrière
Wall-E dont on perçoit par moment le manque d'expérience avec les contraintes physiques du cinéma traditionnel. Un passage de l'animation au live qui n'aura été qu'une simple formalité pour son ancien complice de chez Pixar,
Brad Bird (
Mission : Impossible, protocole fantôme), tandis que l'on sent Stanton hésitant dans sa mise en scène, nous gratifiant d'une narration visuelle à la fois rondement menée (l'évasion de la princesse Dejah Thoris) et un peu tiède (la scène de l'arène, le combat final).
Rien toutefois qui ne saurait battre à plat de couture la prélogie Star Wars même si
John Carter partage quelques défauts avec : principalement quelques erreurs de casting (
Taylor Kitsch manque de bagout pour le rôle principal) et un adoucissement tout public freinant les élans guerriers d'une épopée entre science-fiction et héroïc fantasy, qu'on aurait aimé aussi foudroyante qu'une estampe de Frank Frazetta. Pour l'heure il faudra se contenter d'une appréciable mise en bouche (dans laquelle se dessine tout de même le style de Stanton) en attendant un nouveau voyage. Car l'aventure ne fait que commencer…
Sans être le film d'aventure épique attendu, John Carter reste un appréciable blockbuster dans lequel Andrew Stanton plante les graines d'une franchise qui a toutes les chances de devenir grande.