Après le succès de Un baiser s'il vous plaît, Emmanuel Mouret revient avec une nouvelle comédie légère et élégante.
Jean-Jacques est un homme plutôt naïf et maladroit. Il partage sa vie avec Ariane, une femme qu'il aime et désire mais elle, ne l'entend pas de cette oreille. Persuadée qu'il fantasme sur Elisabeth (une femme qu'il a rencontré par un hasard douteux) elle décide de prendre les choses en main pour sauver son couple. Elle lui propose alors d'avoir une aventure avec cette femme. Seulement Jean-Jacques n'est pas intéressé. Devant l'insistance de sa bien-aimée, il accepte finalement de se rendre à une réception organisée par cette maîtresse fictive. Mais c'est sans savoir qu'elle est la fille du Président de la République.
Fais-moi plaisir ! est le genre de comédie qui tente de renouer avec l'humour, le vrai. En usant de dialogues très raffinés,
Emmanuel Mouret mise tout sur la subtilité et le style. Et ça faisait longtemps que le cinéma français ne s'était pas essayé à l'élégance. Avec la même classe que l'on attribuait autrefois aux acteurs du burlesque,
Emmanuel Mouret ne parle pas ou peu, il s'exprime par le corps. Ce sont ses déplacements et sa gestuelle qui annoncent les gags « tarte à la crème » : un doigt coincé dans un vase, une braguette qui se ferme sur le pan d'un rideau… Le visage de Jean-Jacques quant à lui, restera impassible durant 1h30 où il n'aura de cesse d'être dans des situations embarrassantes qui l'empêcheront de se fondre dans le moule social. Le personnage s'agite à l'intérieur d'un décor fixe où les accessoires deviennent des personnages à part entière, tantôt amis, tantôt ennemis. La narration se construit habilement autour d'objets inanimés. Un retour au cinéma primitif bien venu où
Emmanuel Mouret s'approprie le genre comique en ayant recours à de nombreuses références : Buster Keaton et
Jacques Tati pour leur élégance,
Woody Allen pour le récit qui se construit au rythme de la voix off. Mais aussi
The Party de
Blake Edwards qui raconte comment un indien se retrouve malgré lui à une soirée VIP organisée à Hollywood et durant laquelle il accumulera les bévues. Un pitch franchement repris dans la séquence centrale du film de
Mouret.
Tout au long de ses (mes)aventures,
Emmanuel Mouret rencontrera des femmes. Telles des nymphes (on pense aux quatre sœurs de la domestique), elles apparaissent comme jeunes et désirables mais restent à l'état de mythe puisque le jeune homme n'ira jamais au bout de ses désirs. Toujours est-il que trop de références tuent la créativité. Car
Fais-moi plaisir ! n'est en réalité qu'un puzzle cinématographique. Que reste-t-il de l'inventivité de Mouret lorsque l'on a fini de faire le tri ? A vrai dire, pas grand-chose. Par ailleurs, bien que d'un point de vue stylistique
Fais-moi plaisir ! sorte des sentiers battus, on ne peut pas en dire autant du comique des situations. Des gags déjà vus et revus, l'essentiel étant déjà dans la bande-annonce, on ne se bidonne pas vraiment… on aimerait pourtant. Au final, on se retrouve devant un film original et insipide à la fois où la forme nous bluffe, mais le fond lui, sonne creux.
Fais-moi plaisir ! réintroduit le burlesque dans le cinéma contemporain avec une élégance d'antan qui nous séduit. Mais l'utilisation excessive de références fait émerger un fond remâché qui ne nous surprend pas.