La gastronomie est un art, on le sait. Julie et Julia s'attache à nous l'enseigner. Mais est-ce nécessaire d'en faire tout un plat ?
1948 : Julia Child et son mari Paul s'installent à Paris. De nature sociable et généreuse, Julia n'a pas l'intention de rester inactive. Après avoir sillonné les ateliers de chapellerie et les clubs de bridge, elle opte sans grande conviction pour des cours de cuisine française. Et là, c'est le coup de foudre : elle se met en tête d'apprendre aux ménagères américaines à mettre un terme à la « malbouffe », et de leur faire découvrir la gastronomie, la vraie.
2001 : Julie Powell est téléopératrice dans un cabinet d'assurance qui s'occupe des cas du 11 septembre. Avec son mari, ils emménagent dans un quartier mal famé du Queen. La trentaine approchant, elle ne peut s'empêcher de penser qu'elle n'est arrivée à rien, elle qui se prédestinait à une carrière d'écrivain. Alors pour pimenter sa vie, elle se lance un défi : celui de reprendre les 524 recettes de la célèbre Julia Child en 365 jours, et de tenir un blog qui suivra son défi en temps réel.
Comment faire d'une aventure gastronomique un film de deux heures sans susciter l'ennui ? Pas si simple, surtout lorsque l'on sait que la cuisine n'a rien de très exaltant en soi. Car tout le monde connait ces programmes télévisés qui nous apprennent à cuisiner des mets succulents. Appétissant certes, excitant beaucoup moins. Alors on se demande comment
Nora Ephron compte s'y prendre pour adapter non pas un, mais deux livres consacrés à la cuisine. Celui de la célèbre cuisinière incarnée par
Meryl Streep et celui de Julie Powell (
Amy Adams) qui raconte comment elle a relevé le défi de cuisiner l'intégralité des recettes de Julia Child en un temps record. Deux histoires qui n'auront de cesse de se croiser tout au long du film. Difficile de nier que nous avons là un sujet pour le moins original. Le périple de deux femmes vivant à deux époques différentes et qui ont trouvé un sens à leur existence via l'art culinaire a le mérite d'attiser notre curiosité. Le montage réfléchi permet aux actrices de se passer la main en transparence et de mettre en exergue ce qui les unit malgré tout ce qui les oppose. Les deux récits forment un tout dynamique, alors que la difficulté résidait justement dans la récurrence des actions des personnages.
Mais alors qu'est-ce qui cloche ? Si les séquences trouvent un certain équilibre, leurs amoncellements alourdissent le film. La dramaturgie se réduisant à néant (on note un seul moment de tension : le ragoût brûlé), il aurait été judicieux de miser sur un format plus court.
Nora Ephron ne s'est pas montrée ambitieuse outre mesure, conférant à
Julie et Julia une tonalité bien trop légère, tant et si bien qu'aucune séquence ne se détache réellement du lot. Tout est lisse, rose et surfait. Du jeu des acteurs aux décors bien trop artificiels pour être vrais (Paris n'a jamais semblé aussi beau).
Julie et Julia se veut être divertissant, soit. Alors on se prend au jeu, et on considère le film comme tel. Seulement voilà, le jeu d'
Amy Adams manque d'éclat et ne parvient jamais à égaliser celui de
Meryl Streep. La faute à un rôle qui ne lui donnait malheureusement pas la possibilité de rendre son personnage intéressant. Julia Child, quant à elle, est à consommer sans modération. Encore une fois,
Meryl Streep compose un rôle sur mesure, nous surprenant chaque fois un peu plus. De la gestuelle aux mimiques en passant par son accent, l'actrice se crée une véritable identité et déclenche l'hilarité générale à travers ses répliques explosives. C'est à se demander si le film aurait gardé la tête hors de l'eau sans son excellente interprétation …
Un traitement bien trop léger pour un sujet aussi insolite. Julie et Julia est loin d'être inoubliable mais reste un divertissement plus qu'agréable principalement grâce à une Meryl Streep encore une fois époustouflante.