Présenté en avant-première nationale au Festival des Maudits Films de Grenoble, Amer est un film hors du commun, à découvrir de toute urgence.
Il s'est présenté avec une bande-annonce appétissante, faisant tout de suite rejaillir en nous le souvenir des meilleurs films de
Dario Argento ou
Lucio Fulci, de quoi se dresser en tant que bobine attendue pour tout amateur de films de genre.
Amer est co-réalisé par le duo
Hélène Cattet /
Bruno Forzani, déjà auteurs de courts métrages remarqués, qui ne faisaient aucun mystère sur le fait de leur amour envers le genre du giallo.
Amer nous propose de suivre Ana à trois moments de sa vie, placés durant l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte, et de nous faire partager au plus près ses désirs, ses peurs, ses souffrances… et c'est peu de le dire qu'on va les partager de près ! Prévenons tout de suite qu'il ne faut pas vraiment s'attendre à un giallo au sens large du terme, mais plutôt à un trip sensoriel fascinant.
Disons franchement qu'
Amer est une proposition de cinéma atypique, de laquelle découle logiquement chez le spectateur une énergique adhésion ou un rejet certain tant les réalisateurs ont eu les mains libres et poussé leurs idées à fond. Passant au-dessus d'un scénario en apparence léger,
Hélène Cattet et
Bruno Forzani font preuve d'un merveilleux sens du cadre et proposent un film toujours inventif et en mouvement, avec des emprunts à tout un pan du cinéma italien des 70's (farandole de couleurs à la Argento, zooms sur les yeux à la Leone…) très bien assimilés dans ce film quasi muet où les regards, les gestes, les sensations valent plus que n'importe quel mot. Voilà le spectateur emporté dans un tourbillon où le ressenti de l'héroïne est poussé à son paroxysme par des effets de mise en scène ou des jeux de lumière toujours judicieux, allant des peurs enfantines au désir adolescent en passant par la schizophrénie, et proposant un choc incandescent entre lumières et ténèbres des plus fascinants.
L'œil est donc tout autant flatté que les sens dans cette expérience enivrante unique au sein du cinéma francophone (mondial serait-on tentés de dire) qui ne tombe jamais dans la démonstration nombriliste mais résonne comme un grand cri d'amour à des genres plus que sous représentés ces temps-ci sur nos écrans. On saura également gré au duo de réalisateurs d'avoir su trouver des actrices parfaitement sensuelles et électriques pour incarner Ana adolescente et adulte, renforçant ainsi l'impact rétinien persistant que peut avoir cet
Amer sur tous les esprits ouverts qui auront accueillis ce métrage comme il convient. A savoir un brillant brassage d'influences au sein d'une œuvre proposant perpétuellement un cinéma en dehors de tout carcan restrictif. Une belle bouffée d'air frais !
Hélène Cattet et Bruno Forzani livrent un vibrant hommage à tout un pan de cinéma allant bien au-delà du giallo, tout en poussant leurs idées de mise en scène au maximum. Une œuvre électrisante en totale liberté.