C'est un bon film, pas de doutes à avoir là dessus.
Mais est-ce un chef d'œuvre ? Pas pour moi.
Ce qui réjouit, c'est d'abord le ton du film : on change de registre. Là ou Sam Raimi avec son grand-guignol coutumier (depuis Evil Dead) nous servait un spectacle tour à tour drôle, mélancolique et cartoonesque, Marc Webb (il était né pour ça avec un tel nom) va chercher plus le teen-movie et des comiques de situation, sur une tonalité plus réaliste. Est-ce plus sombre ? Non, c'est plus réaliste. J'insiste bien sur ce point, car on pourrait croire à la lecture de certains commentaires ou critiques qu'on penche plus sur l'ambiance de The Dark Knight, ce qui est faux. J'ai eu mon lot de fou rire, plus que sur les Sam Raimi, mais malgré des passages franchement tristes et durs, The Amazing Spider-Man n'est pas un film sombre.
Première chose bien, l'oncle Ben en 1h de métrage transpire le réalisme et la crédibilité. Martin Sheen n'est pas un débutant, il bouffe l'écran. Il est le parfait tonton sur qui Peter appuiera son passage à l'âge adulte. Andrew Garfield n'avait rien à me prouver, The Social Network avait déjà assis ses qualités d'acteurs. De toute façon, être casté par David Fincher signifie qu'on est face à un talentueux comédien (jamais ce dernier n'a loupé un casting). Le rôle de Peter Parker lui va comme un gant. Emma Stone est une Gwen Stacy idéale, tout en jeune fille forte. Classe et pêchue. Le Dr Curt Connors est très bien interprété, Rhys Ifans remplie parfaitement son rôle. Le reste du casting est au diapason, c'est à dire nickel.
C'est tante May qui m'a laissé sur ma faim : primo elle est sous-exploitée (Sally Field fait ce qu'elle peut); deuxio, je ne trouve pas qu'elle colle à la BD. Erreur à réparer d'urgence dans la suite.
Les effets spéciaux sont cleans, bien foutus mais de nos jours, c'est presque normal surtout pour ce budget. Au moins, et ça aurait pu être le cas, on ne les trahit jamais.
Cependant, j'ai mis 3 étoiles, car plusieurs choses m'ont gêné.
La première tient à la qualité même du scénario. Aucune problématique n'est résolue à la fin du film, certainement pour laisser de la matière pour les suites. Oui, admettons mais n'empêche, c'est gonflant. Ça me prouve surtout que le studio na pas envie de prendre de risque pour raconter une histoire que tout le monde ou presque connait depuis 40 ans. Travail de feignasse et surtout de flippé, parce que comme ça, c'est du pret à digérer pour le spectateur.
Peter au début cherche à comprendre qui étaient ses parents, puis SPOILER Oncle Ben se fait tuer indirectement à cause de Peter (même si c'est inévitable) FIN SPOILER, et à partir de là, il oublie ses parents. Il n'en reparle pas, il se contente d'écumer la ville à la recherche du gars qui "SPOILER plus haut :)" et de commencer ainsi à devenir le super héros qu'on attend tous, pour mettre sous le barreau le super vilain qui en sait plus sur ses parents que quiconque'
Autant les dialogues sont excellents (et je reconnais là la marque d'Alvin Sargent qui a déjà officié sur Spider-Man 1, 2 et 3), autant la narration est un vrai problème. La première trilogie était fluide, claire et linéaire. La progression et le passage à l'âge adulte de Peter Parker était lisible, et ce malgré les multiples problèmes du protagonistes, conscient qu'ils les cumulaient (c'est tout le sel de Spider-Man 2 justement).
Ce n'est pas le cas ici. C'est très brouillon, pas du tout clair et les questions en suspens le reste jusqu'à la fin. Et le problème pour moi, c'est que les films suivant ne remonteront pas le niveau du scénario de ce film, puisque que tout comme celui-ci, ils devront régler les problèmes un peu comme ils viendront. Manque total de lisibilité. Peter passe du justicier aveugle à celui de justicier responsable très simplement, comme s'il occultait les choses au fur et à mesure. Dérangeant'
L'autre gros problème, c'est qu'à la vision de ce film, je me suis demandé dès les premières minutes (cela s'est fort heureusement atténué après) s'il ce film existerait sans Sam Raimi.
C'est véritablement le cœur de ce qui me tracasse. Quand le générique, la musique (James Horner devient mauvais) ressemble à l'ancien, on part du mauvais pied. Webb reprend certains plans du premier Spider-Man les retravaillant juste assez pour que ça ne ressemble pas trop à Sam Raimi (la première fois que Peter comprend comment marcher sur les murs, ça cite à plein tube). La structure même du scénario est très (trop) similaire au film de 2002. C'est un reboot qui sent le remake parfois, et le ton même différent du film ne masque pas ce goût un peu amère.
Pour un film sensé être basé sur les Ultimates plus que l'histoire original, il y a trop de similitude.
Je suis un grand fan de Sam Raimi dont je suis la filmo depuis longtemps. Je ne donnais pas cher de ce reboot, et je ne serais pas allé le voir si ma femme ne l'avait pas tant souhaité.
La genèse de cet épisode a été houleuse : le studio a tenté d'imposer plus chose à Sam Raimi qui avait déjà eu des difficultés sur le 3e volet et avait du mettre Venom contre son gré. Le 4e épisode aurait pu être "Dark Knight Style", et je suis déçu que nous ne puissions jamais le voir. Il a préféré partir, et il a eu raison (la première bande annonce de OZ the Great and Powerful en remontre à Tim Burton).
Pour que cet épisode reboot soit un excellent film, il aurait fallu qu'il s'émancipe totalement de son aîné. Ça n'est pas suffisamment le cas pour moi.
Sony doit maintenant comprendre qu'ils doivent faire du monte-en-l'air un nouveau Spider-Man.