On ne cesse de nous répéter que l'homme est une femme comme les autres mais l'inverse est aussi vrai.
Parce qu'il n'était pas des plus simples de survivre lorsqu'on était une femme seule dans le Dublin du XIXème siècle,
Albert Nobbs a décidé de se faire passer pour un homme. Depuis trente ans, sous les airs d'un majordome discret et respecté, ce dernier (ou cette dernière à vous de voir) exerce dans un hôtel huppé de la ville sans que personne ne fasse démonstration du moindre soupçon à son égard. Mais la menace de se faire démasquer demeure à chaque instant…
Albert Nobbs – issu de la pièce éponyme de
Simone Benmussa - fut un projet de longue haleine pour son interprète
Glenn Close. Voici presque vingt ans qu'elle espérait patiemment de pouvoir incarner sur pellicule son personnage de travesti avec lequel elle enflamma les planches à l'aube des années 80. Tout vient à point à qui sait attendre. La voilà récompensé comme il se doit avec une œuvre qui repose entièrement sur sa frêle carrure... et sa transformation qui n'a rien à envier à celles de ses homologues masculins l'ayant précédés dans l'exercice. A ceci près que la comédienne opère un changement subtil dont le minimalisme de l'artifice n'a d'égal que l'impressionnant résultat à l'écran. C'est sans doute à cela que l'on reconnaît une très grande actrice qui sait mettre en avant son personnage plutôt que les moyens pour y parvenir.
Mais aussi saisissant soit-elle en valet aspirant à l'ascension sociale et la tranquillité d'une liberté rêvée, il aurait mieux valu un metteur en scène qui se montre à la hauteur de sa figure de proue. En choisissant son complice
Rodrigo Garcia (Ce que je sais d'elle d'un simple regard,
Nine Lives),
Glenn Close a fait un choix à double tranchant. S'il lui donne toute la place pour briller au premier plan (sans toutefois négliger ses partenaires
Mia Wasikowska,
Janet McTeer et
Aaron Johnson tous au diapason), le créateur de la série En analyse se contente d'un traitement convenu. Plutôt sage quoique brisant parfois la froideur de sa condition de film en costume solennel par quelques pointes d'un humour inattendu. Comme si derrière sa façade de drame à la
James Ivory (distingué et intimiste donc),
Albert Nobbs désirait s'affranchir de sa condition à travers la liberté d'une satire féministe qui ne prend pas vraiment forme. Reste que son message en faveur de la parité, simple et universel, arrive à passer sans trop de difficultés grâce à
Glenn Close (encore et toujours) nous faisant partager l'espoir puis la détresse de cette femme de caractère avançant à couvert. L'essentiel est là et c'est l'important.
S'il était encore nécessaire de le prouver, Glenn Close est une remarquable actrice qui n'a pas fini de surprendre son monde. Au contraire de Rodrigo Garcia continuant à faire office d'illustrateur docile.