Présenté à la Quinzaine des réalisateurs et détenteur de la première Queer Palm de Cannes, Kaboom est l'OFNI de la rentrée… voir de l'année.
Etudiant se cherchant sexuellement, Smith est perturbé par un étrange rêve dont il ne s'explique pas la teneur. Cela ne l'empêche pas de vivre sa vie sur le campus avec sa meilleure amie lesbienne tombée folle amoureuse d'une fille se qualifiant de sorcière ou d'essayer de dévoiler les penchants de son colocataire surfeur et nigaud. Tout va basculer, un soir où Smith est le témoin du meurtre d'une mystérieuse jeune femme rousse qu'il perçoit dans ses visions…
On ne sait pas ce que
Gregg Araki prend comme drogue, or il est certain qu'il en consomme beaucoup durant la gestation de ses films et que ces substances illicites ont un effet désinhibiteur sur le résultat final. Son dernier né
Kaboom ne transgresse pas la règle et vient une fois de plus convaincre qu'avant le très beau et subtil
Mysterious Skin, Araki est surtout le controversé et mauvais garçon derrière les farces psychédéliques
Doom Génération,
Nowhere et
Smiley Face désireux d'effectuer un retour aux sources. Les chiens ne font pas des chats et c'est en toute logique que
Kaboom se révèle cet enfant perturbateur attendu. Un objet décalé, loufdingue et déglingué qui ne plaira pas à tout le monde mais possède l'avantage de ne laisser personne indifférent. Choisis ton camp camarade !
Démarrant dans une espèce de récit acide et coloré, portrait d'une jeunesse américaine décadente (façon Les Lois de l'attraction) où se mêlent sexe, alcool et rock n'roll,
Kaboom dégénère (se régénère ?) progressivement dans un irrésistible/insupportable bad trip à la
Twin Peaks sur fond de meurtres rituels, de fantastique, de secte secrète et de fin du monde. Où quand
Roger Avary rencontre
David Lynch et
John Waters sous une prise de puissants hallucinogènes et psychotropes. Difficile d'en dire plus tant l'œuvre (oui osons l'appeler ainsi) doit éviter de se raconter pour mieux se vivre intensément, euphoriquement et déjà dans un état second si possible. A cheval sur plusieurs tonalités et atmosphères (chimériques ou effectives ? là n'est pas la question), l'éveil sexuel de l'étudiant Smith (
Thomas Dekker) constitue un voyage, une parabole décalée aussi pénétrante et joviale dans les tourments et aspérités de l'adolescence occidentale.
Bien évidemment, dans cet énorme bazar existentiel,
Gregg Araki se perd de temps à autres et n'évite pas une certaine gratuité dans l'irrévérence et dans le « je-m'en-foutisme » culminant dans un climax abrogé et explosif qu'on percevra soit comme un grand foutage de gueule dans les règles de l'art, soit comme l'irrésistible point d'orgue d'une parodie ne respectant personne, pas même son improbable révélation finale à se plier en deux. Les défauts de
Kaboom sont justement ce qui le rend attachant car le réalisateur se refuse à faire connaître sur quel pied il danse : l'apparente désinvolture du récit est-elle voulue ? L'amateurisme de certains effets visuels sont-il uniquement dû à l'exiguïté du budget ? Il n'y a que l'intéressé qui pourrait apporter un éclairage précis là-dessus. Pas sûr qu'on le veuille.
Quoiqu'il en soit, même les plus sceptiques seront obligé de reconnaître les compétences de
Gregg Araki a créer un univers qui ne ressemble à aucun autre, entre douceur, violence et hilarité, ou simplement celles de directeur d'acteur capable de dévoiler le talent d'une nouvelle génération souvent mal employée par Hollywood.
Fidèle à lui-même, Gregg Araki défie les règles de la chronique adolescente avec un trip sous acide qu'il vaut mieux regarder ivre ou complètement stone pour en maximiser le plaisir. Pour public averti et consentant.