Après le puissant Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Andrew Dominik est en compétition officielle au Festival de Cannes 2012 avec Cogan – la mort en douce, dans lequel on trouve une nouvelle fois Brad Pitt.
Cinq ans après son envoûtant western,
Andrew Dominik plonge dans un monde de gangsters avec ce
Cogan – la mort en douce (
Killing them softly en VO) qui était forcément une grosse attente de ce Festival de Cannes 2012. On se retrouve dans le milieu de la pègre, où un club de poker illégal est braqué par des petites frappes. A partir de là, ces petites frappes vont se retrouver avec les gros bonnets sur les dos qui vont engager un tueur, Cogan, afin de les éliminer sans laisser de traces. Celui-ci devra faire avec l'indécision de ses commanditaires, quelques petits malfrats un peu bras cassés ou encore quelques assassins fatigués… Sa mission ne s'annonce pas simple, mais il est plutôt maître dans ce genre d'opérations…
Sur ce film,
Andrew Dominik adopte un rythme assez posé qui a fait sa patte pour mieux faire raisonner les quelques séquences de violence, traitées avec une brutalité crue alors que le metteur en scène s'essaye aussi ici de varier la forme en y ajoutant des scènes graphiquement léchées, parfois de façon un peu superflus (quelques ralentis dispensables), parfois de manière plus pertinente (comme une discussion sous l'effet des drogues qui joue l'immersion par des effets de fondus). On peut donc être étonné qu'il casse un peu sa réalisation épurée par l'utilisation de quelques artifices même si dans sa globalité tout cela est clair et parfaitement lisible. Comme sur
Jesse James,
Andrew Dominik s'attache ici à filmer des tirades de dialogues parfois longues comme pour mieux sonder la personnalité intime de ses personnages, faisant bien ressortir leurs traits de caractère et les faisant ici réellement exister à l'écran. Ceux-ci sont incarnés par des interprètes épatants,
Brad Pitt se coulant parfaitement dans la peau de ce tueur très professionnel tandis que
James Gandolfini effectue une prestation remarquable dans son rôle de tueur dépressif, jonglant entre sexe et alcool. Cogan – la mort en douce prend une dimension encore plus intéressante par le sous-texte économique et sociologique induit, même si ça n'est pas toujours fait avec une infinie subtilité. En effet on voit un peu trop ce qu'il veut dire, mais il le fait bien, traitant en toile de fond de la crise économique et de la perte de pouvoir de l'état dans ce domaine, dépassé par un monde où le business et l'argent sont devenus proéminents, et en ce sens la réplique finale lancé par
Brad Pitt pourra faire jaser quelques personne au pays de l'Oncle Sam, dépeint de façon peu glorieuse tout au long du film par le biais de bribes de discours politiques se diffusant parfois en arrière fond.
Cogan – la mort en douce, malgré sa noirceur première, se permet parfois quelques pics de dialogues à l'humour tranchant surprenant, ajoutant de l'épaisseur à un ensemble assez fourni qui montre une fois de plus qu'
Andrew Dominik est un metteur en scène passionnant qu'on aura plaisir à suivre dans le futur.
Cogan – la mort en douce se révèle être un film de gangster assez noir aux multiples niveaux de lectures qui confirme le talent d'Andrew Dominik.