En transposant la vie de la courageuse Aung San Suu Kyi, Luc Besson tenterait-il de concourir pour les Oscars ? On se le demande.
Ayant sauté à pieds joint depuis belle lurette dans l'infantilisme dégradant (la trilogie
Arthur,
Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec),
Luc Besson espère nous faire croire que derrière l'homme d'affaire opportuniste et l'entertainer bas du front, se cache aussi un cinéaste digne de respect. Celui-là même dont il n'hésite pas à s'affranchir généralement quand il faut s'adresser à son public via ses propres travaux ou ses productions décérébrées. Alors pour obtenir gain de cause, le réalisateur choisit sans doute la pire démarche à suivre : livrer un biopic de la militante birmane Aung San Suu Kyi. Genre bon sous tous rapports mais aussi l'un des plus académiquement rébarbatif dissimulant davantage une salubrité industrielle qu'une vraie démarche artistique. On ne nie pas la probable admiration de
Luc Besson envers cette femme courageuse qui n'a jamais pliée sous la pression de la junte militaire de son pays – l'une des pires dictatures mondiales. Qui ne le serait pas devant ce modèle pacifiste qui face à l'incarcération à domicile et la séparation avec sa famille n'a pas hésité à favoriser son idéal démocratique. Le personnage est humainement immense. Son portrait ne lui arrive pas à la cheville, malgré l'évidente incarnation symbolique de
Michelle Yeoh à l'origine du projet. Pourquoi ?
Tout simplement parce que
Luc Besson semble espérer/penser que la grandeur de son personnage principal suffit à élever la bassesse cinématographique à laquelle il est devenu coutumier.
The Lady est une esquisse fidèle au parcours de cette vraie dame de fer qu'on perçoit à l'écran sans réellement ressentir l'aura. Le film n'est qu'une coquille vide où les reproductions médiatiques et les anecdotes vaguement connues par tous succèdent à une vision simpliste et limite grotesque du combat de Aung San Suu Kyi se confrontant à de méchants grincheux tous plus idiots les uns que les autres. On se demande bien comment cette bande de pieds nickelés tient encore d'une main de fer la Birmanie depuis si longtemps. Le pire étant probablement que les violentes exactions subies par l'opposition sont sciemment édulcorées par la mise en scène désincarnée et inappropriée de
Luc Besson (on sent la volonté de rameuter le public le plus large possible), et ce afin de ne pas entacher un sentimentalisme larmoyant qui ne touche ni le cœur ni l'esprit de son sujet. Et les quelques bons comédiens (
David Thewlis qui se dédouble pour l'occasion) ne suffisent pas à sauver les meubles de cet assommant prêche pour la liberté qui s'enferme dans les conventions narratives les plus barbantes qui soient.
Sans l'once d'une idée cinématographique ou d'un quelconque point de vue, Luc Besson livre une esquisse poussiéreuse et terne d'une personnalité hors du commun qui méritait un vrai tableau de maître.