Après Carlos, Edgar Ramirez revient dans un premier rôle entre bien et mal, avec le brûlant Salue le diable de ma part de Juan Felipe Orozco.
« Dieu pardonne… pas moi ! » a-t-on coutume d'entendre au cinéma. Dans
Salue le diable de ma part il suffit de remplacer le nom divin par celui de l'état. Celui de la Colombie et sa politique d'amnistie totale des guérilleros et de leurs crimes (meurtres, kidnappings…) sur une simple confession et la promesse de rentrer dans le rang. Angel (surnommé « El diablo ») est l'un de ces anciens bandits absous par le gouvernement qui cherche désormais à mener une vie tranquille. Mais Leder, l'une de ses anciennes victimes, ne l'entend pas de cette oreille et décide de se venger en kidnappant la fille d'Angel afin de l'obliger à exécuter ses ex-complices de l'époque dans un délai de trois jours.
Sans doute impressionné par le Man on Fire de
Tony Scott explorant la question de la rédemption par l'entremise d'un polar radical ancré dans un contexte social et politique brûlant (la croissance folle des enlèvements à Mexico),
Juan Felipe Orozco a probablement voulu imiter sa démarche pour évoquer l'agitation morale qui doit secouer la conscience collective de son pays. Un pardon national suffit-il à soigner les blessures individuelles ? Au vu de la noirceur neurasthénique qui gangrène
Salue le diable de ma part, on peut sérieusement douter que la réponse soit affirmative. En tout cas il ne peut-être acquis comme une simple valeur marchande ou comme un prix attribué pour bonne conduite et son accès doit être un parcours semé d'embûches. De ce côté là, le magnétique
Edgar Ramirez (
Carlos) va être largement servi pendant une descente aux enfers haletante, riche en épreuves et en péripéties.
Bâti sur le schéma efficace des thrillers d'action américains (rythme effréné quoique précipité, esthétisation de la violence),
Salue le diable de ma part est aussi une réflexion brute de décoffrage et anti manichéenne sur la légitimité de la vengeance personnelle dont la justification s'effrite au fur et à mesure de l'aveuglement haineux de Leder. Contaminé, dévoré et consumé par le mal qu'il a subit, le condamné transformé en bourreau devient le vrai personnage central du récit, occultant audacieusement Angel du climax final venant apporter une petite lueur d'espoir au pessimisme ambiant. Car tout n'est peut-être pas perdu dans cette atmosphère suffocante où les personnages se consument à petit feu. Au contraire de son réalisateur qui devrait rapidement trouver une voie de sortie à l'étranger,
Salue le diable de ma part ayant de fortes chances de lui faire gagner un ticket pour Hollywood.
Une réflexion hautement divertissante sur les notions de pardon et de rédemption qui offre l'occasion au charismatique Edgar Ramirez d'irradier l'écran une nouvelle fois.