Après J'ai tué ma mère et Les amours imaginaires, Xavier Dolan livre sur la Croisette Laurence Anyways, avec Melvil Poupaud dans le premier rôle.
Du haut de ses 23 ans seulement, le canadien
Xavier Dolan livre déjà son troisième long métrage, un drame long de 2h45 sur la transformation d'un homme en femme et les relations que cela va engendrer dans son couple. L'enfant prodigue dont les deux premiers films ont autant suscité l'admiration que l'agacement par leurs aspects parfois grandiloquents est donc de retour et vue la longueur de son nouveau film, autant dire qu'il faut aimer son cinéma ou être masochiste pour assister à
Laurence Anyways. Laurence c'est donc cet homme qui va prendre un jour la décision de devenir une femme, lui qui ne s'est jamais vraiment senti homme. Sa déclaration va donc forcément bouleverser son petit monde, et en premier lieu sa petite amie qui va être déchirée entre l'amour qu'elle porte pour lui et le terrible effort que demande le fait de supporter sa décision et continuer leur histoire.
Avec ce troisième film,
Xavier Dolan ne ralliera donc pas à sa cause ses réfractaires pas plus que son cinéma ne s'en trouve débarrassé de ses quelques tics ou tares embarrassantes dans ce film encore fourmillant de passion mais aussi parfois un peu de prétention. C'est après tout ce qui fait la personnalité de son univers où se succèdent des passages très dialogués et des ralentis stylisés sur fond de musique pop. Si le film ne manque pas de moments forts déclenchés par des acteurs brillants (
Melvil Poupaud, la formidable québécoise
Suzanne Clément et
Nathalie Baye dont le personnage apporte quelques touches d'humour tranchantes), force est de reconnaître que le metteur en scène a été gourmand en étirant son récit sur 2h45, entraînant des longueurs et quelques passages dispensables. Mais tout de même,
Laurence Anyways évite pas mal d'écueils vu le sujet abordé (en évitant de grossir le trait de la transformation sexuelle) et présente une histoire d'amour à la fois déchirante et touchante entre ces deux êtres amoureux que l'évènement va mettre à rude épreuve. Malgré ses quelques petits défauts donc,
Laurence Anyways est un œuvre ambitieuse qui parvient à traiter son sujet plutôt avec subtilité, ce qui n'était pas la plus faible des gageures.
Xavier Dolan livre un troisième film peut-être un peu trop gourmand et long mais parvient à restituer une histoire maîtrisée dans laquelle gravite des acteurs convaincants.